Parmi les personnalités qui ont marqué la vie de Villennes, sans avoir été maire du village, nous présentons :

Léon Francq (1848-1930), un homme d'initiatives, à toute vapeur
Marcel Mirgon (1881-1972), le premier historien de Villennes
Raphaël Cornille, l'homme du Nord qui a apporté l'Esperance à Villennes
Jean Barbier (1910-1988), organisateur de loisirs culturels
 

Léon Francq, un homme d'initiatives
(1848 - 1930)


Léon Emile Francq est, ainsi qu'Alfred Laumonier, l'un des parisiens fortunés qui, après avoir choisi Villennes pour y construire leur résidence secondaire au début du XXe siècle, se sont fortement impliqués dans la vie du village. Son domicile principal se situait 48, avenue Victor Hugo à Paris 16e.

 

Il avait acquis la villa La Sapinière de l'actuelle Rue Gallieni, avant de faire bâtir la villa voisine Le Manoir.

Il a été président de la Société d'Electricité de Villennes, dès sa création en 1922, puis président du Syndicat d'Initiative en 1925.

A toute vapeur

C'est toutefois dans l'introduction et le développement des tramways puis des chemins de fer métropolitains, en France et à l'étranger, qu'il s'est illustré professionnellement. Nous reproduisons, ci-après, la première partie de sa biographie, qui a été publiée dans le "Dictionnaire biographique des inventeurs, ingénieurs et constructeurs, etc." en 1895.

Léon Francq

né à Maubeuge (Nord), le 18 mars 1848, ingénieur civil

adresse : 92, avenue d'Iena, Paris

fit ses études spéciales à l'Institut Industriel du Nord à Lille. Il obtint bientôt le diplôme d'ingénieur civil des Mines. Entré en 1866, comme ingénieur auxiliaire, aux Forges et Laminoirs du Tilleul, à Maubeuge, il s'adonna en 1867, en collaboration avec l'ingénieur Bérard, aux études du système de ce dernier pour la transformation de la fonte en acier fin. Les résultats obtenus furent intéressants.

Au cours des deux années suivantes, M. Francq collabora à l'installation à Marquise (Pas-de-Calais) des usines de fabrication de ce nouvel acier et prit part à la mise en marche. Au moment de la guerre de 1870, après une maladie produite par l'intoxication d'oxyde de carbone répandu dans l'atmosphère de l'aciérie de Marquise, l'ingénieur n'hésita pas cependant à s'engager pour faire la campagne contre l'Allemagne.

En 1871, la guerre terminée, M. Francq entreprit l'étude des divers systèmes de tramways en usage à l'étranger, avec l'idée d'introduire en France ce système de locomotion. Ce fût M. Léon Francq qui procéda à l'étude du plan des tramways parisiens. Membre participant d'un groupe pour la demande en concession, il obtint celle des Tramways-Nord de Paris.

Pendant les années 1872 et 1873, il fit venir de l'étranger un matériel modèle, en créa un nouveau et établit enfin le modèle-type qui a, depuis, servi de base à toutes les installations de genre à Paris et dans la Province.

La traction mécanique attira son attention ; il entrevit bientôt tous les avantages que l'on pouvait tirer de cette nouvelle amélioration. Dès 1874, il commençait les études préliminaires et il faisait, peu après, construire les premières machines sans foyer qui portent son nom et qui, aujourd'hui, circulent librement dans l'intérieur des villes ou sur les routes, à Paris, Lille, Lyon, Marseille, Roubaix, Tourcoing et dans un grand nombre d'exploitations à l'étranger.

Depuis cette époque, il n'a cessé de s'occuper de l'emploi de son invention aux tramways, à la navigation souterraine pour le compte de l'état, aux divers projets de Métropolitain à Paris, Vienne, New-York, Londres, Madrid, etc.

M. Francq a apporté de nombreux perfectionnements à sa première invention ; en collaboration avec la Compagnie des Chemins de Fer du Nord de Paris, et M. Mesnard, de la maison Cail, il a constitué le système de locomotion à vapeur à grand volume d'eau, avec détendeur et réchauffeur de vapeur ; cette invention a été recommandée aux compagnies de chemins de fer par le Ministre des Travaux Publics. Enfin, il s'est beaucoup occupé de concessions de chemins de fer et tramways, de leur construction et leur exploitation.

M. Léon Francq, auteur de plusieurs ouvrages estimés sur la "Traction des tramways" et les "Chemins de fer Métropolitains", a obtenu le Prix de mécanique Montyon à l'Académie des Sciences.

Nous citerons parmi les nombreuses récompenses qui lui ont été décernées : une médaille d'or (classe des Chemins de fer), à l'exposition d'Amsterdam, en 1883 ; une médaille d'or (même classe), à l'exposition de Paris, en 1889 ; une autre médaille d'or, de la "Société industrielle du Nord de la France" ; un diplôme d'honneur de l'Académie nationale agricole et manufacturière ; une médaille de platine de la Société d'encouragement pour l'industrie nationale.

Président et directeur de la Compagnie continentale des locomotives sans foyer, conseil de diverses entreprises de Chemins de fer et tramways, M. Léon Francq a été membre du jury de la dernière exposition de Lyon ; il est membre de la Société d'encouragement pour l'industrie nationale, de l'Association française pour l'avancement des sciences, du Club Alpin Français, de l'Académie nationale agricole et manufacturière, etc.

Chevalier de la Légion d'honneur en 1885, il fût nommé officier d'Académie en 1881 et officier de l'Instruction publique tout dernièrement. Rappelons qu'il est lauréat de l'Institut de France.

M. Léon Francq est un homme supérieurement doué, un travailleur infatigable qui nous ménage certainement plus d'une découverte nouvelle et utile.

Son nom restera attaché à l'introduction des tramways en France. Par son énergie, il a doté notre pays d'un système de locomotion commode, rapide t peu coûteux. Il a rendu de grands services aux petites bourses. M. Francq n'a pas fait œuvre d'ingénieur : il a travaillé en philanthrope.


 

Bizarrement, le projet de Léon Francq utilisait la traction animale. Il obtint, en 1876, la concession de six lignes de tramways à Montpellier. Il devait avoir l'idée de remplacer ultérieurement les chevaux qui les auraient tirés par ses locomotives.

Toutefois, la concession fut reprise par la Compagnie Générale des Omnibus de Marseille, qui construisit les lignes inaugurées en 1880.



La Locomotive Lamm et Francq a été inventée aux USA par le Dr. Lamm, qui était dentiste, et expérimentée en 1872 à la Nouvelle Orléans. Perfectionnée par Léon Francq, elle a été mise en service en 1878 de Rueil à Port-Marly, avec des extensions vers St Germain et Paris (Place de l'Etoile) en 1890.

Machine de type "sans foyer", à 2 essieux et 2 cylindres., elle fut utilisée sur de nombreux réseaux, en particulier en France (Paris, Lille, Lyon, Marseille, ...). Les locomotives de ce type furent désaffectées à Paris en 1892.

 


 

Leur principe, consistant à les remplir de vapeur d'eau au dépôt avant leur départ, limitait leur autonomie à 18 km. De ce fait, elles ne furent pas mises en service sur la ligne Lyon-Venissieux, après l'expérience de leur introduction.

Toutefois, ces caractéristiques convenaient bien à la liaison entre Poissy et Saint-Germain-en-Laye, pour laquelle le service des Eaux et Forêts avait refusé l'utilisation d'un foyer classique, dont des étincelles auraient pu provoquer des incendies dans la forêt : des locomotives à vapeur sans foyer, construites par la société de Léon Francq, ont assuré, de 1896 à octobre 1911, la traction des tramways qui ont circulé entre ces deux villes.

Léon Francq a continué à améliorer ses machines : il était dirigeant de la Société "Tramways mécaniques et Chemins de fer économiques".


Voici ses états de service, tels qu'ils furent dactylographiés après qu'il fut nommé chevalier de la Légion d'Honneur en 1885.

Nous y notons notamment, en dehors de ses activités professionnelles :

- la fondation de l'Automobile-Club,

- la présidence de l'Association des Enfants du Nord et du Pas-de-Calais.

 

Sortir de Paris grâce à la locomotion

 

Léon Francq proposa de créer une route reliant Paris à Saint-Germain-en-Laye par La Défense, qui devait s'accompagner d'un chemin de fer, de pistes cyclables et de trottoirs pour piétons, afin de mettre la forêt de Saint-Germain à la portée des Parisiens. Il suscita, dans ce but, quatre sociétés civiles : ce furent d'abord la Société d'Études du boulevard et du chemin de fer électrique central de Paris à Saint-Germain (1902), puis le Syndicat d'Études du boulevard et du chemin de fer de Paris à Saint-Germain (1906) qui obtint, en 1912, la déclaration d'utilité publique. Léon Francq, qui avait conçu le projet d'un Chemin de fer électrique de Paris à Nanterre, reçut la concession pour construire une ligne de chemin de fer allant de la Porte Maillot à Nanterre et d'une route qui longerait la voie.

Un article paru dans le numéro 51 du journal La Liberté de Seine et Oise (18/12/1908) exposait ce projet. Il ne s'agissait pas seulement de permettre aux Parisiens aisés de quitter, de temps en temps, la capitale par un tramway ou en automobile sur une route parallèle. Sur ce projet, se greffait la question de l'aménagement de Nanterre pour y installer des familles habitant des logements insalubres : c'était les prémices des HBM qui ont précédé les barres et les tours de HLM.

Le Prolongement de L'Avenue de la Défense

La question du prolongement de l'avenue de la Défense et de la construction d'un chemin de fer électrique central de Neuilly à la Forêt de Saint-Germain-en-Laye est venue devant le Conseil général de la Seine, à la séance du mercredi 9 décembre courant. M. Boursier, au nom de la Commission des transports en commun, s'est exprimé en ces termes :

" Messieurs,

Par délibération des 21 et 22 décembre dernier, vous avez invité l'Administration à poursuivre la réalisation d'un projet présenté par M. Francq, ingénieur, en vue du prolongement de l'avenue de la Défense, à Puteaux et à Nanterre, jusqu'à la limite du Département, et de la construction d'un pont sur la Seine, étant spécifié que le concours du Département resterait limité à la somme de 1.250.000 fr., inscrite à la loi de l'emprunt départemental, que le concessionnaire devrait affecter une certaine quantité de terrain à la construction d'habitations à bon marché et que la question du chemin de fer électrique projeté entre Neuilly et la forêt de Saint-Germain demeurerait réservée.

 


Conformément à ces délibérations, l'Administration s'est à nouveau mise en rapport avec M. Francq et a obtenu de lui les précisions suivantes :

"Le département de la Seine ayant limité son concours financier aux prévisions inscrites à la loi de l'emprunt départemental, soit 1.250.000 fr., M. Francq prend à sa charge tout le surplus de la dépense qu'occasionnera l'établissement du chemin de fer électrique sur le territoire de Neuilly, de Puteaux et de Nanterre et des pistes automobiles et des voies publiques sur les territoires de Puteaux et de Nanterre, soit une somme de 15.973.695 fr. - 1.250.000 fr. = 14.723.695 francs.

M. Francq estime que le produit net d'exploitation du chemin de fer électrique suffira pour gager les capitaux à consacrer à l'entreprise. A ce produit viendra d'ailleurs s'ajouter celui des taxes payées par les automobiles empruntant les pistes spéciales qui leur auront été réservées.

M. Francq est prêt à prendre l'engagement de constituer, dans les six mois qui suivront la concession, une société anonyme disposant d'un capital suffisant pour mener à bien l'entreprise, y compris le prolongement de la route et du chemin de fer dans le département de Seine-et-Oise.

Enfin M. Francq a complété le dossier du chemin de fer électrique conformément aux prescriptions du règlement d'administration publique du 18 mai 1881 relatif aux formes de l'enquête concernant les tramways et chemins de fer d'intérêt local.

Il résulte donc de ce qui précède que, dans la pensée du demandeur en concession, la question du chemin de fer électrique est nécessairement liée à celle de la route, le produit du chemin de fer devant gager les capitaux à engager dans les deux opérations.

Dans ces conditions, l'Administration n'a pu, en raison de la réserve formulée par notre délibération du 22 décembre dernier, poursuivre plus loin l'instruction de cette affaire.

Le Conseil étant en possession des projets présentés par M. Francq, ainsi que des rapports des ingénieurs du Département, il y a lieu maintenant de se prononcer sur la prise en considération et la mise à l'enquête.

La réalisation de ce projet rendrait les plus grands services à la population parisienne, puisqu'elle permettrait son expansion en dehors de l'enceinte où elle se trouve réellement trop à l'étroit.

Dans l'intérêt général nous devons donc nous attacher à solutionner au plus tôt cette affaire, si nous voulons en permettre l'exécution.

Dans ce but et au nom de la Commission des transports en commun, j'insiste tout particulièrement auprès du Conseil général pour qu'il donne un avis favorable à la prise en considération du projet et autorise sa mise à l'enquête immédiate."

M. Lucien Voilin - Je ne viens pas à la tribune, non pas, bien entendu, pour combattre les conclusions de la 2e Commission, - mon canton est trop intéressé à ce que l'avenue de la Défense soit prolongée , - mais, tout au contraire, pour appuyer ces conclusions et demander la mise à l'enquête.

Je désire présenter une simple observation, c'est que, lorsque la proposition est venue une première fois devant le Conseil général, j'avais demandé, et le Conseil général avait décidé, que les concessionnaires seraient invités à prévoir dans leurs projets de laisser certain terrain en bordure de l'avenue projetée à la disposition de sociétés s'occupant d'habitations à bon marché. Il y a là un problème d'intérêt général. On se préoccupe de l'insalubrité de certaines habitation.

La solution semble consister à construire dans les quartiers à créer des logements salubres et à bon marché.

D'accord avec le concessionnaire, le Comité départemental des habitations à bon marché pourra demander que les stipulations supplémentaires soient ajoutées au prochain décret d'utilité publique.

Je me joins donc au rapporteur pour demander à l'Administration de procéder, le plus vite possible, à la mise à l'enquête, me réservant d'ailleurs de présenter ultérieurement des observations et même de demander que le plateau de Nanterre soit réservé pour la construction d'habitations à bon marché.

M. Ambroise Rendu - Vous pouvez demander la mise à l'enquête.

M. Lucien Voilin - Pour le moment, il ne s'agit que de la mise à l'enquête du tramway et de la viabilité. Mais je tiens à déclarer dès maintenant comment j'envisage la question.

Après ces observations, les conclusions de la Commission sont adoptées.

Léon Francq se heurta toutefois, comme dix ans auparavant, à des difficultés techniques et financières auxquelles, dit-on, ne fut pas étranger le baron Edouard Louis Joseph Empain, fondateur et dirigeant du groupe qui était concessionnaire du tramway de Paris à Saint-Germain par Rueil. N'ayant pu trouver les capitaux nécessaires, il renonça à la concession.

La Société des Batignolles s'associa en 1928 avec MM. Bernheim et Billiard pour financer les travaux grâce à un vaste plan de lotissement des terrains voisins de la voie. Aussi constituèrent-ils une Société civile Paris Saint-Germain, en novembre 1928, pour acheter les immeubles et terrains sur le bord de la ligne.

Une énergie renouvelée

En résumé, Léon Francq a évolué des hauts fourneaux du Nord de la France au cadre verdoyant de l'Ouest parisien : travaillant d'abord sur la fabrication de l'acier, il a utilisé celui-ci pour la construction de tramways ; ensuite, il a cherché à développer ses tramways pour permettre aux parisiens de s'évader de la capitale.

Voulant les conduire jusqu'à la forêt de Saint-Germain, lui-même est allé au delà en installant sa résidence secondaire à Villennes (son domicile parisien était situé 48 avenue Victor Hugo). En 1916, il possédait 10 parcelles sur les "Groux".

Il est naturellement passé de la vapeur à l'électricité, mais ne semble pas avoir pu développer ses tramways électriques ; ses connaissances du domaine lui ont toutefois permis de diriger la Société d'Electricité de Villennes, dès sa création.

 

 

Sur les actions de la SEV, on peut y voir sa signature et celle d'un autre administrateur villennois :

son voisin Charles Barbière, certainement le confrère et ami qui lui avait fait connaître Villennes.

Il a ensuite consacré sa propre énergie à défendre les intérêts des Villennois et à promouvoir la commune, en tant que président du Syndicat d'Initiative.


Il devait, toutefois, être assez procédurier comme le laisse penser le conflit qui l'a opposé à un futur maire, Eugène Lamiraux, alors adjoint : les moutons de cet agriculteur avaient brouté le lierre de la clôture de sa propriété, le long de la sente des Petits Groux !

Pour connaître les détails de cette affaire, cliquez sur l'image de la plainte adressée au préfet par Léon Francq, sur un papier à en-tête de sa société.

 


Marcel Mirgon, le premier historien de Villennes

L'ouvrage de Marcel Mirgon, "Villennes et ses Seigneurs", reste l'une de nos premières sources d'informations sur l'histoire de notre village.

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C'est pourquoi, après avoir complété ses recherches, nous lui rendons hommage en reproduisant sa biographie : ce texte a été rédigé après son décès le 24 novembre 1972, à l'âge de 92 ans, par Jean Robin, alors maire de Villennes, à partir des informations données par son fils Pierre.


Fils de Jules Etienne Mirgon et de Louise Eugénie née Coulare de Lafontaine, il naquit le 26 septembre 1881 à Villennes, au premier étage d'une maison qui existe encore sur la Place du Sophora et sous laquelle débouche une sente, en fait connue de ses seuls habitants, la sente de Closeaux.

Il devait être l'aîné de deux frères maintenant décédés et d'une petite soeur, morte très jeune, qu'il regretta beaucoup.

Il commença ses études à l'école communale de la rue de Neauphles dont le bâtiment existe encore, et obtint son Certificat d'Etudes Primaires, avec dispense, à l'âge de 10 ans.

Il avait et a conservé jusqu'à ses derniers instants une mémoire extraordinaire.

Son père, entrepreneur de maçonnerie et constructeur de presque toutes les maisons de Villennes existant à cette époque, désirait faire de ce garçon un ingénieur et l'envoya au Lycée Francisque Sarcey à Dourdan. Il souffrit beaucoup de ce qu'il devait considérer comme une privation de liberté. Ne partageant pas les jeux de ses camarades, il rasait les murs et regardait au ciel les oiseaux et les nuages qui se dirigeaient vers Villennes. En classe, en avance de deux ans sur la moyenne de ses camarades, il avait du mal à suivre. Il se classait cependant 6ème ou 7ème sur 45 en général et premier ou second en lettres. Mais Marcel était parfaitement nul en mathématiques, ce qui est ennuyeux pour un futur ingénieur ... que cet horizon n'attirait d'ailleurs pas du tout :
il désirait être professeur de lettres ou d'histoire.

A 15 ans, le jeune Marcel Mirgon avait terminé le cycle de ses études.

Entre temps son père et sa mère, qui étaient d'une bonté sans limite, avaient fait de mauvaises affaires. On retira le garçon de l'école à la grande déception de son directeur qui voulait en faire une "bête à concours" et on lui trouva un petit emploi dans une banque ... Adieu l'Histoire et les Belles Lettres !

Il se mît à la tâche évidemment sans enthousiasme mais avec conscience et probité parce qu'il considérait que c'était son devoir. Et, finalement cela lui réussit, en tout cas sur le plan matériel, puisque 15 ans avant de prendre sa retraite, il dirigeait au Crédit Lyonnais la totalité du Service de l'Escompte et des Engagements et, en même temps, le tiers environ des Agences dans Paris.

Mais, en dehors de ses heures de travail rétribué, le jeune Marcel Mirgon, reprenant sa liberté d'esprit, redevenait lui-même.

Poète aimant la vie de Bohème comme on l'entendait en 1900, il fréquentait des artistes qui lui ont laissé des témoignages de leur amitié : Paul Fort, Mercereau, Albert Samain ... et d'autres encore sans doute, qui sont devenus illustres.

Les jeunes gens passaient en semaine les heures du déjeuner à l'Ecole des Beaux-Arts, se nourrissant de quelques sandwiches et d'eau claire ou arpentaient les Quais en fouinant dans les caisses des bouquinistes. Lorsqu'ils étaient en fonds, ils se rendaient à "la Source" pour offrir un verre à Bibi La Purée, le grand copain de Verlaine. Le dimanche cela se passait à Poissy chez Meissonier où il retrouvait, dans son atelier, le statuaire Félix Fevola et ses soeurs.

Marcel Mirgon a toujours été très matinal. En semaine, avant de prendre son train pour se rendre au Crédit Lyonnais à Paris, il trouvait le temps d'aller passer quelque moment dans le Bois des Falaises alors désert, pour y rêver à d'autres choses qu'aux échéances de sa banque.

   

Retraité, il a partagé son temps entre son jardin et ses études historiques. Très traditionaliste et animé d'un grand esprit de famille, il a commencé par dresser un arbre généalogique qui prend ses racines en l'an 1600.

Puis, d'une manière plus générale, il s'est intéressé aux origines et à l'histoire de son village natal. Ceci sans autre but que d'écrire pour sa propre satisfaction, avec le plaisir de le faire sans aucune sorte de contrainte et n'attachant à cette tâche aucun caractère d'utilité. Ceci a donné, sous l'insistance de M. Robin, maire de Villennes, et avec le concours de l'Association Culturelle, l'ouvrage que nous connaissons et qui est pour nous le témoignage de l'homme de lettres qu'il aurait pu et aimé être.

Marcel Mirgon s'est éteint sans bruit, comme il a vécu.

 

Raphaël Cornille,
l'homme du Nord qui a apporté l'Esperance à Villennes

Raphaël Cornille a notamment été Vice-Président de la Caisse des Ecoles de Villennes.

Il a fondé en 1928, avec M. l'Abbé Gallais, la société de Gymnastique L'Esperance de Villennes et l'a présidée pendant de nombreuses années.

Le texte qui suit est extrait du bulletin trimestriel N° 85 (Janvier 1950) de la colonie de vacances Les P’tits Quinquins – œuvre philanthropique de l’Union des Septentriaux :

il reproduit le discours prononcé par le Dr Paul, président de cette association, le 30 octobre  1949, lorsque la croix de chevalier de la Légion d'honneur lui a été remise.

 

Malgré ses 13 ans, dès son début dans l'Industrie Textile et le Commerce, il est remarqué par son acharnement au travail, déployant toute son énergie, sa clairvoyance et sa volonté ; ses 20 ans n'ont pas sonné que déjà il est nommé Directeur d'une importante firme du Nord à Paris (il s’agit de la société Boussac). Il pense à son avenir, à celui de sa famille, car il aime beaucoup les siens.

La guerre de 1914-1918 interrompt brutalement la carrière de notre ami ; comme tout bon Français il fait son devoir comme sapeur du Génie et Fantassin.

1915-1916 dans les tranchées. Après la dure bataille de la Somme, il part avec le corps expéditionnaire faire la rude campagne d'Orient. Rentré en France, il repart comme Pilote aviateur dès 1918. Démobilisé il reprend sans tarder son action dans la vie commerciale. Il faut rattraper le temps perdu […] Cornille est vraiment l'homme du Nord que rien ne rebute.

Cependant, si Cornille s'occupe activement des affaires qu'il sait diriger, avec toutes les connaissances spécialisées, il consacre, depuis son retour de la Guerre 1914-1918 tous ses moments de repos ou de courte liberté aux oeuvres sociales. Il a compris pendant cette longue période de la Grande Guerre  toutes les misères corporelles et morales de ces Gars du Nord avec lesquels il vivait pendant plus de quatre années séparés de leur famille restée en pays occupé par l'ennemi.

"L’enfance malheureuse trouve en toi un bienfaiteur exemplaire. Nous avons pu apprécier toute ta valeur depuis 1923 où, inlassablement tu t'es dépensé près de tes amis du Comité des P'tits Quinquins pour envoyer depuis cette époque des milliers d'enfants malheureux en Colonies de Vacances et je suis persuadé que bien des enfants de la commune de Villennes-sur-Seine, où tu es Vice-Président de la Caisse des Ecoles depuis vingt-cinq ans, te doivent beaucoup  ; ta générosité n'a d'égal que ton bon cœur, ne fusse que pendant les quatre années de la dernière guerre pendant laquelle tu leur distribuais vêtements et lingerie introuvables à cette pénible époque. Cornille, rien ne t'arrête pour les enfants. Depuis 1933, entouré de personnes dévouées, tu fondes et diriges une Société de Gymnastique avec laquelle tu formes près de 80 jeunes gens pour affronter tous les concours où ils obtiennent les plus beaux succès.

[…] Tu n’hésites pas, sitôt la libération, à partir faire 35 000 kilomètres d'avion à travers les Amériques, du Sud au Nord, pour faire valoir la production de notre Pays et assurer du travail pour l'Industrie française."

Il eut diverses fonctions d'administration de sociétés ; il fut, notamment, nommé en 1930 administrateur de la Manufacture Parisienne de Confections (commerce de tous tissus et étoffes confectionnées pour dames et enfants).

Jean Barbier,
dynamique organisateur de spectacles villennois

 

Né à Paris en 1910, Jean Barbier est venu s'installer à Villennes à l'âge de 16 ans.

Il y a fondé une famille, dont une partie y réside toujours, son épouse née Conté étant elle-même issue d'une ancienne famille de notre village.

 

Des bagues aux couronnes : ayant appris le métier de sertisseur en bijouterie et orfèvrerie, il ne l'a pas exercé, mais est devenu représentant en fournitures dentaires, car il n'avait pas une très bonne vue. Par contre, il avait une excellente vision du développement des loisirs associatifs pour le plaisir des artistes amateurs et de leurs spectateurs ainsi que pour l'aide aux personnes en difficulté (prisonniers de guerre, anciens combattants, personnes âgées, familles nombreuses, …).

Passionné d'art lyrique, Jean Barbier a mis ses talents variés et son enthousiasme dans l'organisation bénévole de spectacles de 1928 à 1953 : musique, théâtre, divertissements, ciméma.

D'une intense activité au service des autres, Jean Barbier a pris des responsabilités dans diverses organisations, et tout particulièrement dans l'Association familiale, dont il a assuré la présidence de 1954 vers 1960. Celle-ci, créée pendant la guerre, avait pour but de venir en aide aux familles et organisait des activités telles que des cours de couture et de tricot ; elle prenait une part importante dans l'organisation de la Fête des Mères.

Il est entré au conseil municipal en 1953 dans l'équipe de Léon Mirgon et est devenu Maire Adjoint, de 1965 à 1971, dans la municipalité de Jean Robin.

Il y a présidé le Comité des Fêtes et a œuvré pour que le village se dote d'une salle, pouvant accueillir les spectacles des villennois qui ont suivi sa trace.

 

Il a été promu chevalier des Palmes Académiques ; cette récompense de son dévouement aux enfants de Villennes lui a été remise par une autre personnalité locale, Raphaël Cornille, Vice-Président de la Caisse des Ecoles (qui a été également Président du Comité des Fêtes et Président de l'Espérance), lui-même officier des Palmes Académiques. Jusqu'à son décès en 1988, Jean Barbier a conservé le dynamisme qui le caractérisait.

Il a ensuite poursuivi son action au sein du Conseil Municipal et du Comité des Fêtes.

Nous reproduisons ci-après l'article, qu'il a rédigé et qui a été publié dans le Bulletin Municipal, dans lequel il raconte son arrivée à Villennes en 1926 et son parcours jusqu'en 1953.

Il se terminait par la phrase suivante :

"Merci mes chers camarades, vous qui êtes encore de ce monde, si vous lisez ces lignes, sachez que nous avons fait du bon travail".

1926 : Me voilà débarquant sur le quai avec ma valise et mon visage pâle de Parigot dont les poumons se gonflent de joie en songeant à l'air pur de la campagne qu'ils vont absorber, car, j'ai oublié de vous dire que le train que je venais de quitter arrivait de Paris. Il pleuvait ce jour-là, je sortis de la gare et m'abritais sous la marquise en arc de cercle que la S.N.C.F. mettait à la disposition des malheureux voyageurs, afin de leur permettre d'attendre au sec, une voiture ou un parapluie protecteur pour gagner leur demeure. Je regardais l'heure à la pendule au-dessus de la porte d'entrée qui marquait quinze heures. Une heure et quart de voyage pour venir de Parls - arrêt à toutes les gares et même entre ... Je fus surpris dans ma méditation par le bêlement d'un troupeau de moutons, gardé par un vieux berger, qui passait sur la place de la gare ; j'appris plus tard que ces bêtes étaient la propriété du Maire de cette époque, M. LAM...

Le berger les faisait brouter où il trouvait de la verdure. Je découvris la vieille église et son bon vieux curé un peu bourru, le Sophora, son café tabac tenu par un patron ronchonnant, toujours prêt à mettre les clients, même à jeun, à la porte si par malheur les flonflons du vieux piano mécanique l'énervaient un peu trop, le restaurant "Le Berceau" trônant majestueusement sur la place de l'église. Mais voilà, il fallait organiser sa petite vie de gars de seize ans. J'appris par le fils du patron du Berceau qu'il employait ses dimanches à taper dans le ballon rond ; il était capitaine de l'équipe de Foot du Club athlétique de Villennes.

Dans l'Ile de Villennes, il y avait une gentille petite plage sur la Seine - tenue par un maître nageur - deux courts de tennis étaient a la disposition des amateurs, moyennant une participation pour frais d'entretien, payée a l'heure.

Et puis, les adultes, le dimanche apès-midi venaient s'ébattre au jeu de Tamis sur la place devant le Sophora et organisaient des matchs intercommunaux.

VILLENNES possédait une Fanfare municipale, une société de sapeurs-pompiers et sa clique ; un peu plus tard, une société de gymnastique,  "l'Espérance" fut créée avec une équipe de basket, et une clique aussi.

Etant attiré plus par l'art lyrique que par le sport, quoique ayant jouè arrière gauche dans l'équipe de foot, fait des essais de nageur ainsi que de tennisman sans grand succès, je fus donc embauché par le Président de la Fanfare qui organisait une soirée théatrale au profit des oeuvres de la société.
Je fis partie du spectacle de Péheu, Président de la Société, vieux chansonnier de Montmartre, propriétaire d'un cabaret  "l'Abri", qu'il avait lancé pendant la guerre 14/18.

Et voilà, j'avais le pied dans l'étrier en Mai 1928. Jean Péheu organisa une grande cavalcade avec des chars fleuris, qui fut agrémentée par l'élection de la Rosière de VILLENNES, les trompettes à cheval de St-GERMAIN-EN-LAYE, une batterie de cors de chasse honorait le char de la Rosière ; venaient ensuite les chars de la chanson, de la fanfare, des jardiniers, des enfants des écoles ; tout le monde était costumé. Le cortège se groupait aux écoles de Breteuil et défilait dans les rues de Breteuil et Villennes. Quelle joie ! Quelle ambiance ! On avait eu beaucoup de mal pour organiser tout ça mais quel résultat !

L'année suivante, pour fêter les vingt cinq ans de la Fanfare, Jean Péheu avait organisé un grand festival de musique qui réunissait six Sociétés voisines et la Garde Républicaine qui s'était déplacée de Paris pour venir honorer la bonne vieille fanfare de VILLENNES : ce jour là, le Chef de la Garde conduisait de sa baguette, deux cents exécutants.

Les flonflons de cette journée mémorable éteints, profitant de l'élan, je réussis à réunir une équipe d'artistes amateurs bénévoles (toujours) comme moi : le cercle lyrique étant créé, nous allâmes proposer notre concours aux Sociétés du pays. Notre premier spectacle eut lieu en 1929 pour les Anciens Combattants de VILLENNES-MEDAN, puis en 1930 - 1931, toujours pour la même société : ils étaient contents de notre concours. Mais, n'ayant pas de salle, la Société louait une tente, une année à VILLENNES, une année à MEDAN, et ainsi de suite ; le moins drôle c'est qu'il fallait transporter les décors, la scène, le piano, et, comme la tente était louée pour trois jours, bien souvent nous retrouvions un petit tas de matériel au milieu du terrain, la tente avait déménagé, car n'oubliez pas que nous étions des amateurs qui faisaient ça après nos heures de travail, c'était l'époque héroïque !

Je partis soldat en 1931 - 1932 et reprenais la vie civile. Pendant mon absence un curé dynamique avait trouvé des fonds pour faire construire une salle paroissiale et, me voilà avec mes camarades embauché pour organiser des spectacles au profit des oeuvres paroissiales. Dame, la salle..., c'était bien, mais il y avait toujours quelque chose qui manquait, un jour l'électricité, une autre fois le chauffage, puis la peinture, les décors, les chaises aussi, le brave curé faisait très souvent appel à notre concours.

L'hiver, l'arbre de Noël de la Caisse des Ecoles avait lieu dans la salle du Sophora. Nous, le cercle lyrique, nous participions à toutes ces manifestations, soit par des numéros de clowns, d'orchestre jazz ou de guignol ; la Caisse des écoles était alimentée par des dons des membres honoraires qui étaient sollicités tous les ans et puis à l'occasion de la fête de Mai, les enfants des écoles vendaient des petits bouquets de muguet au profit de la caisse.

Puis la guerre, la mobilisation, toute la troupe est disloquée. 1940, retour au foyer, l'oreille basse, bien basse, mais il faut faire quelque chose pour ceux qui sont restés derrière les barbelés ; allons ! courage, ceux qui ont eu la chance de rentrer chez eux. Ne pensons pas aux tickets. Les joyeux Troubadours naissent alors et donnent leur premier spectacle pour le colis des prisonniers.

C'est dans les années suivantes que la fanfare disparut, les sapeurs pompiers furent dissous, le Club athlétique de VILLENNES également. Seule l'Espérance allait de succès en succès en se présentant aux Concours gymniques annuels animés par son dynamique Président Raphaël CORNILLE, secondé par ses moniteurs et membres du bureau.

En 1945, les prisonniers de guerre étant rentrés, les Joyeux Troubadours offrirent leur concours au Maire de cette époque afin d'organiser les séances récréatives au profit des anciens de VILLENNES. Il leur fut répondu qu'il n'y avait pas d'anciens nécessiteux dans la commune. Heureux Maire plein d'illusions ! Les Troubadours ont donc continué à prêter leur concours aux anciens combattants, à l'Association familiale pour l'arbre de Noël et la fête des Mères.

Puis un jour prit naissance au Sophora le Studio Familial, petit cinéma rural sans prétentions qui faisait tous ses efforts pour présenter des actualités de la semaine et des programmes pas trop vieillots, mais hélas, vint la télévision, et puis la commune libre fut créée qui organisa des activités au profit des vieux de la commune (on en avait retrouvé !!!).

En 1953, un concert fut organisé par l'Association familiale et la municipalité en l'honneur de la fête des mères à la salle paroissiale. Cette manifestation était organisée tous les ans avec le concours des enfants des écoles et avait beaucoup de succès, grâce à l'aide des instituteurs de cette époque. Puis, les Joyeux Troubadours ayant accompli leur devoir, regagnèrent leur foyer.