Les seigneurs de Vilaines, du XVe siècle à la
Révolution
Les écrits manquent sur les premiers seigneurs. Par contre, il est possible d'établir la succession des 16 seigneurs, de la fin du Moyen Age à la Révolution.
Le schéma suivant représente :
- la succession des seigneurs de Villennes (noms en brun), chacun étant positionné avec son épouse dans son époque par le rappel des noms des rois contemporains et des dates de leur règne,
- les liens (traits bleus) entre les seigneurs, ainsi qu'entre les trois familles Brinon, Bourdin et Gilbert de Voisins, unies par des mariages ; seuls les trois seigneurs de la période représentée en gris (sous Louis XIII et Louis XIV) n'ont aucune parenté entre eux ni avec ceux qui les ont précédés.
Il est, en particulier, à noter que Pierre V Gilbert de Voisins, le premier seigneur de Villennes portant ce nom, a épousé une fille de l'un des seigneurs, comme deux de ses ascendants.
Retraçons les faits connus et marquants de chaque
seigneur.
La famille BRINON
GUILLAUME Ier
On fait remonter la famille Brinon ou de Brinon à un Guillaume Ier qui vivait vers 1400 et aurait été officier de Charles V. Nous ignorons comment il devint seigneur de Villaines.
A sa mort, il fut inhumé à Saint André des Arts à Paris
Il avait épousé Louise de Frette et ils eurent trois fils dont Guillaume, deuxième du nom.
GUILLAUME II
Guillaume II, seigneur de Villaines, procureur au Parlement et commissaire au Châtelet de Paris, épousa Jeanne de Boylesve et testa le 6 mai 1476.
Il fonda en 1471, en l’église Saint Séverin à Paris, la chapelle Saint Pierre, dite aussi chapelle des Brinon où furent inhumés plusieurs membres de cette famille.
Il eut deux frères : Robert, conseiller à Dijon et chanoine de la Sainte Chapelle de la même ville (mort en 1504) et André, intendant de la maison et des finances de Jean, Duc de Bourbon. Il épousa Agnès de Bise dont il eut un fils. Il décéda en février 1540 et fut inhumé comme son père à Saint André des Arts.
Guillaume II a eu deux fils et une fille, Guillaume troisième du nom, Yves et Françoise qui épousa Gilbert de Voisin Jean Ier.
GUILLAUME III
Guillaume III, seigneur de Villaines et de Guyencourt, procureur au Parlement de Paris, épousa Jeanne Hennequin ; ils eurent un fils Jean, premier du nom et une fille Catherine.
JEAN Ier
Jean Ier, fut nommé conseiller clerc au Parlement de Normandie en 1511. Le 6 juillet 1515, il fut reçu premier président et, dans ses lettres de provision, il est qualifié chancelier des Ducs et Duchesse d’Alençon.
En 1517, il harangua François Ier venu à Rouen ; deux ans plus tard, il eut pour mission de vendre des rentes sur des domaines et les gabelles de Normandie. Il fut également chargé d’informer sur les propos tenus aux Etats de la province.
Envoyé en Italie en 1521, il fut chargé de l’enquête sur les complices du connétable de Bourbon ; en 1523 il procédait à Tarare à l’interrogatoire d’Antoine de Chabannes, de Saint Vallier et leurs complices.
Le 27 décembre 1524, il partait pour l’Angleterre emportant avec lui 30 muids de vin, sans doute destinés à des présents, et arrivait à Londres dans l’intention de détacher Henri VIII de l’alliance de l’Empereur (Charles Quint) mais la nouvelle du désastre de Pavie vint refroidir les amis de la France. En 1525, il rejoignit en Angleterre Jean-Joachim de Passan et conclut à Moore, le 11 août, avec le roi Henri VIII un traité de paix et des conventions financières. L’année suivante, le roi d’Angleterre, félicitant François Ier de sa libération, faisait de son envoyé un grand éloge.
Jean de Brinon retourna en Angleterre en 1527 pour remettre à Henri VIII les insignes de l’ordre de Saint Michel.
Malgré les différends qui opposèrent son père Guillaume III et Henry de Perdrier, seigneur de Médan, il épousa sa fille Pernelle de Perdrier, réunissant ainsi les seigneuries de Villaines et Médan. C’est Pernelle de Perdrier qui édifia le premier château de Villaines qui fut démoli en 1805. Ils eurent un fils Jean deuxième du nom.
Jean Ier décéda le 2 avril 1528 et fut enterré avec sa femme à Saint Séverin dans le chapelle des Brinon. Il avait eu toute sa vie une très haute considération de ses contemporains.
JEAN II
Jean II eut une réputation non moindre mais différente. Jouissant d’une belle fortune, il possédait les seigneuries de Villaines et de Médan. Il avait été formé aux belles lettres par son maître Louis Chesneau et devint le mécène des poètes de la Pléiade ; son nom revient à chaque instant dans les vers de Dorat, de Ronsard, de Baïf.
Il avait eu comme précepteur Léger du Chesne, futur professeur au Collège Royal, qui publia un florilège important pour la diffusion de la poésie humaniste.
Il habitait sur les bords de la Seine une superbe maison de campagne où savants et poètes trouvaient une hospitalité chaleureuse et princière. " Mauvais ménager " ce qui donna lieu à l’anagramme : Janus Brino Ruina Bonis. Bon vivant, il buvait " le malvoisie dans des coupes d’or ", il était passionné de chasse, généreux, il donnait aux uns et aux autres des rentes, des terres, des maisons, sans compter les chiens ou les armes. Il mourut en 1544 ou 1554. Il ne laissait pas de postérité et c’est son cousin Jacques Bourdin qui, ayant fait joué la clause de réméré, devint seigneur de Villaines.
Dans son ouvrage "Ronsard et l'humanisme", édité par Champion en 1921, Pierre de Nolhac a publié des vers de Ronsard et d'autres poètes constituant un "tombeau" (poème écrit en hommage un défunt) de Jean Brinon.
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Un article, paru dans Le Figaro du 30 mai 1921, présente les amis de Jean Brinon, à l'occasion de la prochaine publication de l'ouvrage de Pierre de Nolhac.
Le printemps de la poésie française Dans la Revue de Paris, M. Pierre de Nolhac publie une étude extraite d'un prochain ouvrage sur Ronsard et l'Humanisme. Il nous montre Dorat, poète froid, mais merveilleux inspirateur d'autres poètes, comme le véritable père de la Pléiade, et quand il fut nommé directeur du plus pauvre des collèges de la Montagne-Sainte-Geneviève, il groupa bien vite autour de lui les poètes de la Pléiade. Ce printemps de notre poésie est tout illuminé d'anecdotes joyeuses. Rien de morose autour de Dorat la plus généreuse émulation dans un travail désintéressé, le sentiment conscient chez chacun d'un but à atteindre ensemble et d'une victoire nationale à remporter, par l'effort de tous, au nom de la langue maternelle, voilà ce qui anime nos jeunes écrivains, déjà fiers de trouver un chef parmi eux. Le professeur a la main cordiale, une gaîté à la gauloise, qui s'épanouira plus tard, quand il tiendra table ouverte, au faubourg Saint-Victor, pour les amis de sa verte vieillesse. Au temps du collège de Coqueret, le culte des muses antiques l'absorbe davantage, et le travail parfois excessif lui cause quelque, fatigue. Il prend son repos avec les poètes dans ces parties qu'organise l'aimable et libéral conseiller au Parlement Jean Brinon, à Villennes ou à Médan, ses deux maisons de campagne du Parisis. A la réunion du 1er janvier, le principal de Coqueret apporte en étrennes au châtelain de un charmant, poème latin contant comment la nymphe Villanis fut métamorphosée en une source, digne d'être aussi fameuse que la fontaine Bandusie ; il se fait acclamer à table, en le récitant, par la troupe des rimeurs que Ronsard mène chez Brinon. Baïf obtiendra, un autre jour, le même succès en créant à son tour, pour amuser leur érudition et honorer le seigneur de Médan, le mythe de la nymphe Médanis. Vers la fin du joyeux repas, présidé par la belle Sidère, maîtresse de l'amphitryon, quand l'heure est venue des hymnes bachiques, Dorat n'est point le dernier à chanter « le père Lyœan » d'une voix sonore, qu'il accompagne lui-même sur le luth. Il déclame aussi le vers tragique ; et l'un de ses auditeurs nous le montre entouré du groupe qui l'applaudit, par un beau jour d'été, au bord de la Seine, où les naïades de la rivière s'approchent pour l'écouter. Et la vie entière de Ronsard fut mêlée à celle de l'Université. |
La famille BOURDIN
JACQUES Ier
Natif de la ville de Bourges, il fut seigneur de Chars et de Villette. Il épousa Catherine Brinon, fille de Guillaume III de Brinon, seigneur de Villaines, et de Jeanne Hennequin.
Conseiller notaire, secrétaire du roi François Ier ; il décéda le 6 août 1534 et fut enterré dans l’église Saint Paul à Paris. Il eut, avec son épouse Catherine décédée en 1517, un fils Jacques deuxième du nom.
JACQUES II
Lorsqu'il décéda en 1554, Jean Brinon ne laissait pas de postérité ; son cousin Jacques II Bourdin faisant jouer la clause de réméré devint seigneur de Villaines.
Il épousa, le 12 janvier 1550, Marie Bochetel qui était la fille du secrétaire d’état aux finances. Il fut secrétaire d’état sous Henri II et ses deux successeurs, François II et Charles IX.
En 1549, il succéda à son beau-père comme secrétaire des finances et exerça seul ces fonctions à partir de 1558. Chargé des affaires de Suisse et d’Italie, il dressa tous les mémoires et instructions pour soutenir les droits de l’église gallicane et de la couronne de France au concile de Trente et l'on trouve une grande partie de ses dépêches dans le recueil publié par Dupuy en 1654.
Il participa également aux négociations de Troyes en 1554 avec Jean de Morvillier, évêque d'Orléans, pour conclure, le 9 avril 1564, le traité par lequel Calais revenait définitivement à la France et ramenait la paix avec l’Angleterre.
Réservé et ennemi du faste, il est considéré comme administrateur habile ; il forma à son école ses deux neveux, Pierre Brulart et Nicolas Neufville de Villeroy.
Il mourut le 6 juillet 1567. Il avait demandé à être enterré avec les pauvres dans le cimetière de la Trinité, rue Saint Denis, sans aucune pompe, ce qui a fait dire qu’il était attaché à la Réforme ; d'autres, qui ne mettent pas en doute ses sentiments catholiques, disent qu’il avait agi par un sentiment d’humilité et de discrétion. Beaucoup de ses lettres et de ses mémoires sont conservés au dépôt des manuscrits de la Bibliothèque Nationale.
Il eut un fils Nicolas premier du nom.
NICOLAS Ier
Nicolas, son fils, seigneur de Villaines, qui avait obtenu la survivance du secrétariat aux finances fut employé par Henri III dans des négociations relatives au renouvellement de l’alliance avec la Suisse en 1582. Envoyé ensuite en qualité de résident du Roi près de la République de Raguse, en Dalmatie, il mourut dans cette ville.
Il avait épousé Marie Fayet mais, ayant dissipé une bonne partie de ses biens, ils finirent par se séparer. Marie Fayet devait décéder en 1651, âgée de quatre vingt quatre ans.
A la fin de ces démêlés, les deux seigneuries de Villaines et de Médan que Jacques Bourdin, son père, avait réunies, se trouvèrent à nouveau séparées, Villaines restant à son fils Nicolas deuxième du nom et Médan revenant à son oncle Jean Bourdin.
NICOLAS II
Nicolas II, écuyer, seigneur de Villaines, fit partie de l’académie de l’abbé d’Aubignac, neveu du Cardinal de Richelieu et théoricien du théâtre.
Ce Marquis de Villennes a publié plusieurs ouvrages d’astrologie dont, en 1640, L’Uranie ou la traduction des quatre livres des jugements des astres de Claude Ptolemée et, en 1651, Le Centilogue de Ptolémée ou la seconde partie de l'Uranie.
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Nicolas Bourdin a traduit en français des élégies des amours d'Ovide en 1668. Cette édition de 1672 a été publiée à Paris, chez Charles Osmont, au cinquième pillier de la grande salle du palais, à l'Ecu de France, avec privilège du Roy.
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Nommé gouverneur de Vitry le François, il y
décéda en 1675 alors qu'il avait quitté Villaines
depuis plusieurs années. Il avait épousé, le 9
avril 1636, Cléophile Anne Cauchon.
D'EPERNON
BERNARD
Le père de Bernard Nogaret de la Valette, duc d'Epernon, Jean Louis, était un gascon, orgueilleux et irascible et d'une rapacité sans égale. Devenu un des favoris de Henri III, celui-ci le fit Pair de France et lui acheta le duché d'Epernon. En 1587, le roi lui fit épouser Marguerite de Foix Candale, petite fille par sa mère du Connétable de Montmorency.
Le duc d'Epernon ne se rallia à Henry IV qu'en 1596 et sa fidélité fut toujours douteuse. Il mourut à Loches en 1642, âgé de quatre vingt huit ans.
Il avait eu trois fils dont Bernard, le cadet, né à Saintes en 1592, qui ajouta à ses titres celui de seigneur de Villaines.
Le 1er juin 1610, il eut la survivance de la charge de colonel général de l’infanterie française, de celle de gouverneur de Metz et du pays messin. Lieutenant général de l’armée d’Aunis et de Saintonge, sans son père, le 4 juillet 1621, il assista aux sièges de Saint Jean d’Andely et de Royan.
En mars 1623, il épousa Gabrielle Angélique, fille naturelle de Henri IV et de la marquise de Verneuil, par conséquent demi-soeur du roi Louis XIII.
La jeune femme mourut subitement quelques années plus tard et son époux fut fortement soupçonné de l'avoir fait empoisonner.
Il se remaria ensuite à une proche parente de Richelieu, Marie de Cambout ; il ne rendit pas heureuse cette seconde épouse, qui n'était tranquille que lorsqu'il guerroyait, ce qui arrivait souvent.
En 1629, il fit partie de l’armée royale qui força le Pas de Suze ; il fit ensuite campagne en Piémont. Chevalier des ordres du roi le 14 mai 1633, il se démit, le 31 décembre 1634, de son gouvernement de Metz en faveur de son frère, le cardinal de la Valette, pour avoir la survivance de celui de Guyenne. En 1636, il servit en Picardie sous le comte de Soissons et obtint le régiment de Guyenne le 18 décembre 1636. Son père ayant été investi, le 4 novembre précédent, du commandement des milices opposées aux espagnols qui attaquaient la frontière des Pyrénées, il le suppléa d’abord, se mit en retraite, défendit avec lui le port de Saint Jean de Luz. L’offensive espagnole stoppée, il réprima un mouvement populaire à la Salvatat de Lauraguais. Le 6 mars 1638, il devint lieutenant général à l’armée de Henri II de Condé qui devait opérer en Espagne. Il franchit la Bidassoa, occupa Irun et le siège fut mis devant Fontarabie. Bien que Bernard se fût particulièrement distingué, la ville résista et, comme il fallait un responsable de cet échec, ce furent lui et son père qui furent disgraciés.
Menacé d’arrestation, Bernard s’enfuit en Angleterre, où il fut bien accueilli et fait chevalier de la Jarretière. A Paris, on lui fit son procès et il fut condamné à mort par contumace, le 24 mai 1639 ; sa charge de capitaine général fut donnée au comte d’Harcourt. Le duc de la Valette rentra en France après la mort de Louis XIII, fut réhabilité par arrêt du parlement, le 16 juillet 1643, et retrouva les charges qu’il avait perdues. Il échangea la Guyenne contre la Bourgogne, le 16 mai 1651, et reprit la Guyenne le 1er février 1660. Il mourut à Paris, le 25 juillet 1661, à l'âge de soixante dix ans. Il ne laissait que de mauvais souvenirs car son orgueil injustifié, son avidité d’argent, ses mauvaises mœurs lui avait aliéné l’opinion bordelaise.
De sa première femme, il avait eu deux enfants :
- un fils, Louis Charles Gaston de Candale,
- une fille, Anne Louise Christine de Foix, de la Valette, d'Epernon qui devint carmélite.
Sa seconde femme est décédée vers 1676.
DE TAVANNES
LOUIS
Après la mort de la duchesse d'Epernon en 1676, son écuyer occupa le château de Villaines jusqu'à son décès en 1696.
C'est alors que Louis de Tavannes, comte de Saulx, devint seigneur de Villaines. Il était issu d'une famille d'hommes de guerre dont le plus connu, Gaspard, Maréchal France, fit ses premières armes avec François Ier avec qui il a été fait prisonnier à Pavie ; on le retrouve à Cérisoles, Metz, Calais mais aussi à la Saint Barthélemy.
Louis de Tavannes, petit-fils de ce Gaspard de Tavannes, était
aussi un guerrier fameux. Il avait tellement l'âme
batailleuse que lors des Campagnes des Pays Bas, en 1666, où il
n'avait point été convié à participer, il
rejoignit néanmoins les armées. Louis XIV, qui n'aimait
pas les gens désobéissants, le fit arrêter et
conduire à la Bastille où il ne resta que peu de temps ;
il se fit remarquer, lors de la campagne de 1672, pour son exemplaire
bravoure.
DONGOIS
NICOLAS
Nicolas Dongois est né à Paris en 1634 et a suivi la carrière paternelle : d’abord greffier à la Grande Chambre du Parlement, il devint, en 1674, premier et principal commis du greffier civil du Parlement, puis en 1704, greffier en chef civil, en mars 1709, garde des archives du Parlement, et en 1716, protonotaire et greffier en chef unique de la Cour souveraine.
Il s’intitulait seigneur de Villaines ; en 1669, il acquit une charge de secrétaire du Roi, maison et couronne de France, qui l’anoblit ; le 10 juillet 1672, il acheta les seigneuries de Haute-Isle et de ChanteMesle, près de la Roche-Guyon. Il mourut en service en 1717.
Bon bourgeois qui se crût un homme d’importance, il avait acquis
à la cour et dans le grand monde une situation fort enviable. Il
faisait la loi au Parlement et dans les milieux officiels pour tout ce
qui regardait les traditions et les usages. Saint Simon, qui
déclare par ailleurs qu’il était un fort honnête
homme, instruit, obligeant et de rapports agréables, accepta de
lui quelques conseils sur la manière de se comporter en
Parlement, sur les habits qu’il devait revêtir, les compliments
qu’il devait faire. Nicolas Dongois avait été exécuteur
testamentaire de Nicolas Boileau et avait reçu de lui un
legs de 5 000 livres. Il avait épousé Françoise
Lemarchant et ils eurent une fille, Geneviève.
La famille GILBERT DE VOISINS
Cette famille, originaire de Franche-Comté, qui allait
fournir une longue lignée de magistrats, a longtemps
possédé la terre de l'ancienne maison de Voisins
(de nos jours Voisins-le-Bretonneux, dans les Yvelines).
Elle est connue depuis Michaut Gilbert qui vivait en 1470. De son
mariage avec Anne de Vienne, d'une famille noble et ancienne du
duché de Bourgogne, celui-ci eut Jean, premier du nom,
seigneur de Voisins, près de Chevreuse et de Villeron, terre
qu'il acquit en 1491 de Philippe d'Aunnoy.
Conseiller, Correcteur extraordinaire de la Chambre des Comptes de Paris
(octobre 1483) puis Secrétaire du Roi et Général
des Finances, il mourut en juin 1507. De son mariage avec
Françoise de Brinon, fille de Guillaume, seigneur de Villennes,
il eut huit enfants dont Jean, deuxième du nom. Avocat du Roi en
la Cour des Aides (1523) puis Conseiller au Parlement, il mourut en
1535.
Dans la descendance de Jean on trouve :
- Pierre Ier, Conseiller au Parlement, mort en 1568,
- Pierre II, gentilhomme ordinaire du Roi Henri III, Conseiller au
Parlement, mort vers 1597,
- Pierre III, Conseiller au Parlement (1623), puis Conseiller d’Etat,
- Pierre IV (1630 - 1679), aussi Conseiller au Parlement de Paris
(1654),
- Pierre V (1656 - 1730), le premier membre de la famille, seigneur de
Villennes.
PIERRE GILBERT DE VOISINS V
Cinquième du nom, seigneur de Voisins, d'Haute-Isle, Mauger, il est né le 11 novembre 1656. Par son mariage, en novembre 1683, avec Geneviève Dongois, fille de Nicolas Dongois, seigneur de Villennes, dont elle était la seule héritière, il devint seigneur de Villennes et par la suite Marquis de Villennes.
Reçu au Parlement de Paris le 14 mai 1683, Président en la seconde Chambre des Enquêtes le 3 février 1695, Doyen de tous les Présidents des Enquêtes et Requêtes du même Parlement, il mourut le 1er juillet 1730.
Il eut quatre fils, dont Pierre, sixième du nom.
PIERRE GILBERT DE VOISINS VI
Sixième du nom, il est né le 13 août 1684 à Paris. Il devint châtelain de Villennes et de Médan, seigneur de Voisins, de Haute-Isle et de Chantenesle, au pays Mantois, Marquis de Villennes, seigneur de Mauger, Bouconvilliers, ...
Il fut reçu Avocat du Roi au Châtelet le 1er
décembre 1703, Conseiller au Parlement le 29 novembre
1707, Maître des Requêtes le 3 Mai 1711, Conseiller
au Conseil des Finances en 1715, Avocat Général
le 5 décembre 1718. S’étant démis de cette charge
en 1739, il fut fait Conseiller d’Etat le 29 mars 1740. Quatre
ans plus tard, il était premier Président du Grand
Conseil et en 1747 Conseiller d’Etat ordinaire, enfin en
1557 Conseiller au Conseil des Dépêches.
Saint Simon dit qu’il lui fallut des lettres de dispense de
parenté à cause de son père qui était
Président aux Enquêtes et de son frère Greffier en
chef du Parlement. “Gilbert, déjà fort estimé,
acquit une grande réputation dans la place d’Avocat
Général” qu’il avait payé 400 000 livres. Il prit
part aux discussions sur la bulle Unigenitus et se montra toujours
partisan du pouvoir royal. Il a laissé de nombreux plaidoyers et
un “Mémoire sur les moyens de donner aux protestants un
état civil en France” ainsi qu'un “Composé de l’ordre du
Roi Louis XV” qui sera publié par son petit fils Pierre Paul
Gilbert de Voisins en 1787.
Il avait épousé, le 25 juillet 1714, Anne Louise de
Fieubet (1682 -1759), fille de Paul de Fieubet, seigneur de Beauregard
etc., Maitre des Requêtes, et Marguerite de Fourcy, dont il eut
cinq enfants. Il décéda le 20 avril 1769 à Paris et
fut inhumé en l'église Saint Séverin.
PIERRE PAUL GILBERT DE VOISINS (premier du nom)
Seigneur de Villennes et de Médan, Conseiller du Roi en ses
Conseils d’Etat et Privé, Président au Parlement,
né en juillet 1715, il a été reçu Avocat
du Roi au Châtelet le 26 avril 1736, Avocat
Général du Parlement au mois de janvier 1739, Président
du même Parlement en juin 1746.
Il est mort à Soissons le 15 mai 1754. Il avait
épousé le 4 février 1739, Marie Marthe de Cotte,
fille de Jules Robert, seigneur de Reveillon, Intendant des
Bâtiments du Roi et directeur de la Monnaie et des
Médailles et de Suzanne de Launay, de laquelle il a eu
trois enfants, dont celui qui portait le même prénom
et lui succéda comme seigneur de Villennes.
Voici le testament de l'épouse du seigneur, qui nous fait connaître sa foi et l'importance de la religion dans sa vie, ses proches auxquels elle fait des legs, en particulier ceux de son personnel, ainsi que son projet d'école pour les filles de Villennes et Médan (Nous avons mis en gras les passages concernant notre commune).
Cliquez ici, pour aller directement à la biographie de son fils, qui portait le même prénom que son père et qui lui succéda comme seigneur de Villennes.
Testament de Madame Marie Marthe de Cotte Rédigé en 1777 Née en 1718 , décédée le 25 mai 1780 à l’âge de 62 ans Epouse de Pierre Paul Ier Gilbert de Voisins le 15 février 1739 (né en juillet 1715 et décédé le 15 mai 1754 à l’âge de 39 ans) Au nom du Père du Fils et du Saint Esprit. Ceci est mon testament, que je veux être soit exécuté, comme contenant mes dernières volontés, et par lequel j’entends révoquer tous les précédents qui pourraient se trouver après mon décès. Je recommande mon âme à Dieu, je le supplie de me faire miséricorde tout indigne que j’en suis. Je demande pardon à ceux que je puis avoir offensés ou scandalisés et les supplie de prier eux-mêmes pour moi. Je veux être inhumée le matin afin qu’on puisse offrir le Saint Sacrifice de la Messe mon corps présent. Ne pouvant être réunie à mon mari, je ne veux être transportée en dehors de la paroisse en laquelle je mourrai, mais je veux être enterrée dans le cimetière, je veux que ce soit sans nulle cérémonie ni pompe désirant seulement que le clergé le plus nombreux assiste à l’inhumation avec quarante pauvres auxquels on donnera ce qui est d’usage. Je veux aussi qu’on s’en rapporte à la prudence de Mr le Curé pour la sonnerie et je le prie de me promettre que ce qui sera absolument nécessaire pour exécuter la charité des fidèles à prier pour moi et ce que je viens de défendre pour le jour de mon enterrement je le défends de même pour tout autre service qui serait fait dans l’année de mon décès. Je veux qu’il soit remis aux Bénédictins anglais, mes bons voisins aussitôt après mon décès, la somme de trois cents livres à dessein qu’ils offrent le Saint Sacrifice de la messe pour le repos de mon âme autant de fois qu’ils le pourront, sans entendre leur fixer le nombre de messes que leur charité et leur dévotion les engageraient de dire à cette intention. Je veux que mon fils cherche quelques ecclésiastiques vertueux (et je le prie de s’en rapporter pour ce choix à Mr l’abbé Massillon, si il me survit) auquel il remettra la somme de quatre cents livres afin qu’il se ressouvienne de moi toutes les fois qu’il célébrera le Saint Sacrifice. Je donne à la Charité de la Paroisse de Saint Jacques du haut pas, sur laquelle j’espère mourir, une rente de sept cent cinquante livres en un contrat sur les aides et gabelles passé devant Maître Dallen, notaire à Paris le 6 décembre 1720, laquelle rente sera touchée par Mr le Curé et sur ses simples quittances pour être par lui employée conjointement avec Madame la Trésorière ou à donner des lits aux pauvres familles, et singulièrement aux plus nombreux ou à placer dans les ans une ou plusieurs filles chez une personne pieuse au choix du dit curé ou de la dite trésorière pour y être nourrie, instruite, entretenue depuis l’âge de sept ou huit ans jusqu’à celui de quinze ou dix huit ans selon les différentes circonstances. Je veux que dans les premiers mois de mon décès il soit remis à Mr le Curé de Saint Hippolyte, la somme de douze cents livres pour les pauvres de la paroisse. Je donne aux Dames Carmélites auxquelles la maison que j’occupe appartient, les deux glaces que j’ai mises dans la dite maison qui sont les seules qui y manquaient moyennant le dit legs, toutes les glaces qui sont leur appartiennent. J’espère de leur charité qu’elles se souviennent de moi dans leurs prières. Je veux qu’il soit remis dans les mois qui suivront mon décès, la somme de cinquante écus à Mr le Curé de Villennes et autant à Mr le Curé de Medan pour prier Dieu pour moi et je veux en outre dans le même mois qu’il soit distribué cent écus aux pauvres des deux paroisses et que l’on donne la préférence aux vieillards et aux infirmes et que cette distribution se fasse de concert entre les dits curés et Mlle Maittre. Il y a longtemps que je n’ai plus de bijoux, la seule chose précieuse que j’ai conservée est la petite croix que je porte journellement, elle est ornée de diamants a d’un côté un christ d’émaux en dessous une parcelle de la vraie Croix. Je la donne à ma belle-fille en la priant de l’accepter, de la garder et de la porter pour l’amour de moi. J’espère que la vue de cette croix et la vertu de la Relique qu’elle renferme lui feront faire des réflexions salutaires, sur l’inutilité et le danger de tant de superfluités qu’on s’accorde sans scrupule quoiqu’elles ne soient rarement compatibles avec les maximes de l’évangile. Je me flatte que son amitié pour moi la persuadera bien que ces souhaits ne sont l’effet que de ma tendresse pour elle et du bien vif intérêt que je prends à son vrai bonheur. Je donne à mon petit-fils et à ma petite-fille tous mes livres de piété et d’histoire bien entendu que la majeure partie sera pour ma petite-fille. Comme j’ai eu soin d’avoir doubler à peu près tout ceux qui sont les plus importants à lire habituellement, je compte qu’il y en aura assez pour les deux. Dieu veuille leur donner le goût de ces sortes de lectures, l’amour des vérités, qu’ils y apprendront et surtout la force de les pratiquer, c’est le seul moyen de se préserver de la corruption de ce siècle que je vois avec larmes anéantir tant les jeunes. Je les recommande de tout mon cœur à Dieu et à sa Grâce. Je comprends dans le legs de mes livres, les cinq armoires qui contiennent en grande partie la portion qui leur conviendra. Je veux que tous ceux qui ne pourront être à l’usage de mes petits enfants, dans les livres de piété, soient remis entre les mains de Mr le Curé pour être par lui distribués à ceux de nos maisons qui seront dans le cas d’en demander et surtout d’en faire bon usage, à de bonnes âmes qu’il connaitrait. Je donne à mon petit-fils la bague que portait son grand-père. Je prie mon fils de la lui garder et de la lui remettre quand il se mariera, car c’est pour la lui donner en cette époque que je la conserve moi-même si par impossible je vivrai jusqu’à ce temps. Je lui donne aussi un petit bureau de marqueterie que j’affectionne parce que c’est celui sur lequel mon mari travaillait de préférence. Je veux qu’on le remette à mon petit-fils quant il commencera son droit. Je ne doute point que mon fils ne parvienne à ce temps pour lui parler d’un grand-père dont la mémoire doit lui être également chère et respectable. Je donne à ma petite fille tous les petits meubles qui pourront être à son usage comme petites tables, coffres et autres porcelainiers. Je prie ma sœur de bien vouloir accepter mes heures de Port Royal reliées en chagrin avec fermoirs, il me semble qu’elle en suit un. Je ne peux pas dire que ce soit pour l’engager à se ressouvenir de moi, car les marques d’amitié qu’elle me donne de mon vivant ne me permettent pas de douter qu’elle ne pense souvent à demander miséricorde pour moi après ma mort. J’espère que Madame de Cotte ma belle-sœur voudra bien accepter mon grand bréviaire in quarto en huit volumes, c’est mon frère qui me l’a donné, il est juste qu’il retourne à la personne qui lui est le plus chère, j’ai haut lieu de penser qu’elle en fera un meilleur usage que moi et qu’elle obtiendra plus de grâces pour ceux en qui nous nous intéressons. Je veux qu’il soit remis à Mlle Magne de Beauregard tant qu’elle vivra et tous les ans à compter du jour de mon décès, une somme de huit cents livres en quittances paiement égaux pour continuer quelques bonnes œuvres dont je l’avais prié de se charger de mon vivant, dont je n’entends pas qu’on puisse lui demander compte. Elle suit mes intentions à ce sujet et en cas ou elle vienne à mourir, la même somme sera remise à celles de Mlles de ses sœurs qui lui survivront, elles sont pareillement au fait de mes intentions. Je donne à Marie Claire Regnaut, fille de ma nourrice une rente viagère de deux cents livres par chacun an. Je donne à Marie Marthe Rabouet, fille de la nourrice de mon fils soixante quinze livres de rente perpétuelle assignés sur les aides et gabelles, par contrat passé devant Maître Marchand le jeune le 7 décembre 1720. Je donne à Mademoiselle Maittre qui est maitresse d’école à Medan, depuis vingt quatre ans, une rente viagère de quatre cents livres, lesquelles lui serviront d’honoraires tant qu’elle sera à Medan. Je désire fort qu’elle continue à y faire l’école, jusqu’à ce que l’établissement de filles de Sainville soit fait et parfait à Villennes. Je donne à la Robillarde qui est actuellement chez Mlle Maittre une pareille rente de 200 livres qui sera remise à Mlle Maittre tant qu’elle sera chez elle, mais qu’elle touchera elle-même quand elle sera séparée. L’affection qu’avait mon mari pour Villennes et ses habitants ne me permette pas de m’en détacher, je veux autant qu’il soit possible de continuer à perpétuité le bien que nous avons commencé pour l’instruction des filles de Villennes et Medan et le soulagement des deux paroisses. A cet effet je donne deux contrats, sur les aides et gabelles de 360 livres chacun faisant un ensemble de 720 livres de rente, pour fonder deux sœurs de Sainville ou de Nevers, si celles de Sainville n’avaient pas de sujets car sans cette raison, il est plus dans l’ordre des choses de prendre celles-ci. Je donne aussi à Haumont et à sa femme le peu de meubles qui pourraient être à moi dans leur chambre, la majeure partie étant à eux. Je donne à Duchet Galend, ma seconde femme de chambre, une rente de cinq cents livres, tous les meubles de sa chambre, quatre paires de draps d’office, quatre douzaines de serviettes, aussi d’office, et autant de torchons. Je donne à la petite bonne Montant les meubles de sa chambre et six cents livres de rentes viagères. Je donne à Proquet, mon valet de chambre trois cents livres de pension viagère, laquelle à compter d’aujourd’hui jusqu’au jour de mon décès, augmentée d’année en année de cinquante livres. Je veux de plus qu’il soit remis la somme de 300 livres chaque année pour l’enfant qui lui est né cette année dont je me suis chargé jusqu’à ce que l’enfant ait l’âge de vingt et un ans, cette somme bien ménagée doit suffire pour le faire bien élever et lui apprendre un métier. Je donne à Camas, mon cuisinier, une pension de six cents livres viagère. Je donne à Le Clerc, mon très ancien laquais une pension viagère de cinq cents livres. Je donne à Saint Louis, mon portier trois cents livres de pension viagère, laquelle à compter de ce jourd’hui jusqu’au jour de mon décès, augmentée de cinquante livres dont moitié sur la tête de sa femme. Je donne à Mme Legendre une pension viagère de trois cents livres. Je donne au garçon d’office, à celui de la cuisine et à mon second laquais, au portier et à mon cocher à chacun et pour autant d’année qu’ils auront été à mon service, depuis le jour qu’ils seront entrés jusqu’à celui de mon décès et pour chacune des dites années, la somme de 200 livres, une fois payée. Je donne à Montherry mon ancien valet de chambre une pension viagère de six cents livres. Je donne à Galaret, mon ancien portier une pension viagère de quatre cents livres qui sera continuée à sa femme, si elle lui survit. Je donne au petit Vernier mon filliot trois cents livres de rente perpétuelle assignée sur les aides et gabelles par contrat passé devant Maître Marchand le jeune le 7 décembre 1720, son père et sa mère en jouiront jusqu’à ce qu’il est 25 ans. N’ayant pu donner à Mr Mennessier des honoraires tels que je l’aurai désiré et que les peines que son attachement pour moi lui aient fait prendre, auraient exigés que je lui donne et lègue en toute propriété huit cent sept livres et trois sols six deniers de rente perpétuelle sur les aides et gabelles en cinq contrats dont un de cinq cents livres par devant Maître Ballin à Paris le 6 décembre 1720, un de cinquante passé chez Maître Pattu le 16 août 1725, un de vingt cinq livres passé devant le dit Pattu le 16 avril 1725 et deux de cent seize livres trois sols et six deniers chacun passés devant Maître Huchette le 16 septembre 1721. Et comme je ne veux pas que sa famille soit frustrée de ce que leur père a si justement mérité, je veux au cas que j’ai le malheur de le perdre de mon vivant, que les deux fils partagent à l’amiable les trois premiers contrats et que les deux contrats de cent seize livres chacun soient pour Mme Hainaut mais sur la tête de sa fille, ma filleule pour en jouir à 25 ans si on ne l’établit pas plus tôt, mais si l’enfant mourrait ils resterait à la mère. J’ajoute aux trois cents livres de pension viagère que je fais au mari Le Maire pour le tenir aux petites maisons une somme de 50 livres par an pour son entretien. Je veux que les frais d’insinuation, centième denier, amortissements, lettres de ratifications, lettres patentes, homologation, frais d’acte et généralement tous ceux qui pourraient occasionner tous les legs par moi faits par mon présent testament par des codicilles que je pourrai faire par la suite, soient à la charge de ma succession de façon que les légataires n’aient aucun frais à payer pour raison de l’entrée en jouissance de leurs legs. Je veux aussi qu’en ce qui concerne à une somme une fois payée dont la quotité doit augmenter en raison du nombre d’année que les légataires auront été à mon service lors de mon décès, je veux dis je que l’on compte par années révolues mais qu’une année commencée fasse nombre pour augmenter chaque legs. Et j’entend faire tous les dits legs de somme à une fois payés ou de contrats ou de rente et pensions viagères sans préjudice de tout ce qui pourra être dû pour gages ou avances ou billets à ceux auxquels je les faits. Je veux que les legs, rentes viagères soient touts payables à compter du jour de mon décès et d’avance de quantième en quantième comme aussi sans nulles retenues d’aucunes impositions Royales présentes ou à venir. Je veux aussi que tous ceux auxquels je fais par mon présent testament ou auxquels je pourrai faire par des codicilles des legs de rente sur les aides et gabelles ou autres revenus du Roi des arriérages du semestre qui se trouvera échéance le jour de mon décès et qui auront point été payés et en conséquence je veux que les dits contrats soient délivrés à mes légataires dans les six premières semaines qui suivront mon décès. Pour le bail à vie que j’ai fait avec les Dames Carmélites, mes héritiers ont droit à trois mois de jouissance, à compter du jour de mon décès, de la maison que je tiens d’elles. Je veux que l’on use de ce droit, afin que tous les domestiques qui sont à mon service, puissent rester pendants les dits trois mois, mais dans les logements qu’ils occupent dans la dite maison au jour de mon décès. Je charge mon fils de l’exécution de mon testament persuadé qu’il se fera un devoir d’entrer dans les vues et un honneur d’exécuter avec la plus scrupuleuse fidélité mes dernières volontés. Je désire qu’il en confie l’exécution à Maître Mennessier et en conséquence je veux que les appointements que je lui donnais pendant ma vie lui soient continués jusqu’à sa mort sans préjudice du legs que je lui fais, et après lui je veux que la moitié de ses mêmes appointements soient touchés par celui de ses enfants qui aura charge de la continuation de ce détail jusqu’à la mort du dernier de ceux à qui je laisse des rentes viagères. Je pense que mon fils ne sera pas fâché que j’ai donné des contrats c’est la sorte de biens qu’il aime le moins et que d’ailleurs il lui sera plus facile de faire délivrer un contrat que de somme d’argent comptant, cependant comme par cet arrangement je dispose d’une portion plus considérable de ce qui me reste de propre, que la coutume me le permet dans ce cas (qui j’espère n’arrivera pas) ou cela pourrait faire difficulté je veux et entend que l’équivalent des dits legs soient pris sur mes autres biens libres et disponibles. Si ce que je ne croie point, mon fils était tenté de trouver que je fais trop de legs, je l’exhorte à considérer que je ne donne qu’à des personnes que la justice exige de récompenser ou à des pauvres que la charité m’oblige d’accorder puisque l’aumône est la meilleure clef pour ouvrir le Paradis aux riches. Mon fils connait cette obligation, il donne lui-même volontiers, j’espère que ce goût augmentera et se perfectionnera avec l’âge et que ses aumônes lui attireront toutes les grâces du ciel dont il a besoin. Je le conjure de se ressouvenir et de ne jamais oublier qu’il est né de Parents qui se sont distingués par leur simplicité, leur modestie, leur respect pour la religion, qui ont toujours mérité l’estime, les éloges du public dans toutes les places qu’ils ont occupés par leur application à en remplir tous les devoirs. Je l’exhorte à marcher dans leurs traces et à transmettre à ses enfants cette espèce de succession plus précieuse que les plus grandes richesses. J’ai lu et relu ce papier qui contient mon testament, je l’ai signé en bas de chaque page et je persiste dans toutes les dispositions que j’y ai exprimées. Fait à Paris ce 20 septembre 1777 Signé : De Cotte Gilbert de Voisins |
PIERRE
PAUL GILBERT DE VOISINS (deuxième du nom)
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Né le 13 mars 1748, il devint Marquis de Villennes, de Grobois, Saint Priest et de Saint Etienne, premier Baron de Forest, seigneur de Mauger, Médan, Bouconvilliers, etc. |
Avocat du Roi au Châtelet le 4 juillet 1767, Greffier en chef au Parlement de Paris le 6 septembre de la même année, où il succéda à son grand oncle Roger François Gilbert de Voisins, il fut nommé Président à mortier au même Parlement en décembre 1774. Le 27 juin 1768, il avait épousé Anne Marie de Merle de Beauchamps, fille de Charles Louis, Comte de Merle, Baron d’Ambert, Brigadier de Cavalerie, ci-devant Ambassadeur près le Roi de Portugal et d’Anne Marie Peirine de Moras.
Nous reproduisons, ci-dessous, le texte du contrat de mariage.
Cliquez ici, pour aller directement à la suite de la biographie du dernier seigneur.
Par acte passé devant Baron qui en a gardé minute en son collègue notaire à Paris, les 24 et 25 juin, mille sept cent soixante huit, contenant les conditions civiles du mariage, d’entre Pierre Gilbert de Voisins et Anne Marie de Merle. Il appert qu’il a été stipulé communante de biens, meubles et conquets* immeubles, mais que les dettes antérieures au mariage seraient payées et acquittées par celui qui les aurait contractées et sur ses biens. Plus il appert de que Anne Marie Perrine de Moras, femme de Charles Louis de Merle, mariée en pays de droit écris et la dite Dame de Merle, ayant la pleine et entière disposition de ses biens paraphernaux* et de son mari autorisée, à constituer dot, à la dite Demoiselle lors future épouse, sa fille, la somme de quatre vingt mille livres à prendre sur le prix de terre de Moras qu’elle était sur le point de vendre, et pour sûreté de payement de cette somme, elle se dit obligée d’en faire délégation sur le prix de la dite terre, lors et par le contrat de vente d’icelle, au profit des et lors futurs époux, avec toute garantie et cependant leur en payer l’intérêt sur le pied du denier vingt cinq, à compter du premier juillet mille sept cent soixante huit, sans aucunes retenues des impositions lors établies et qui pourraient l’être sous quelque dénomination que ce fut. Il a été dit que la dite dot ainsi constituée à la lors future épouse par sa mère, étant pour lui tenir bien franchement de la portion qu’elle aurait pu prétendre dans les biens appartenant à la dite Dame sa mère dans la coutume d’Auvergne. Si elle en a été préservée par le contrat présentement extrait à ses droits successifs et biens de la dite coutume, au moyen de quoi la dite Demoiselle lors future épouse, ne pourrait rien prétendre dans les biens, conformément de l’article 25 du chapitre 12 de la dite coutume d’Auvergne, qui serait exécutée, mais que la dite dot ne pourrait être imputée à la dite Demoiselle lors future épouse sur ce qui pourrait lui revenir de la succession future de la dite Dame sa mère, dans tous les autres biens qu’elle laisserait à son décès. La dite Dame de Merle, ayant voulu assuré à Agricol Marie de Merle, son fils mineur, les biens appartenant à elle dans la coutume d’Auvergne, qui ont été réservés à son dit fils par la disposition de l’article 25, a sous l’autorité et du consentement de son dit mari, fait donation entre vif et irrévocable au dit Agricol Marie de Merle son fils et accepte pour lui par son dit père, de tous les biens dotaux et paraphenaux appartenant à la dit Dame dans la coutume d’Auvergne; consistant dans la terre d’Ambert y compris les bois d’Ambert et de Montiallier et dans la terre d’Arlène y compris la forêt de la Marne, avec toutes les appartenances et dépendances de la dite terre et tous les autres biens pouvant appartenir à la dite Dame dans les dites terres et ses environs, sans aucune réserve ni exception, pour le dit donataire, jouir faire et disposer de tous les dits biens, savoir quand aux fonds et propriétés, à compter du jour de la passation du contrat présentement extrait et quand aux revenus, à compter seulement du jour du décès de la dite Dame de Merle, qui en a réservé expressément l’usufruit et jouissance, savoir au profit du dit de Merle, pour ce qui était bien dotal, et ai profit d’elle pour ce qui était paraphénal et ce pendant la vie et jusqu’au décès de la dite Dame lors duquel le dit usufruit serait réuni au fond et propriété en faveur la dit donataire la dite Dame s’étant dessaisie à son profit de tous les dits bien et ayant voulu qu’il en fut saisi et mis en possession par qui et ainsi qu’il appartiendrait. Les dits Sieur et Dame de Merle ont déclaré qu’ils n’entendaient pas déroger à leur contrat de mariage, ni aux dispositions qu’il renfermait et dont ils ont réservé le plein et entier effet. En faveur du dit mariage François Marie Peyrenc de Moras, oncle de la dite lors future épouse lui a donné par la donation entre vifs et irrévocable, la somme de trois cents mille livres pour le payement de laquelle il a été cédé et délaissé aux lors futures époux avec toute la garantie, en premier lieu, la somme de cent soixante quinze mille livres, à prendre et faisant parie des cent soixante seize mille trois cent vingt neuf livres, huit sols deux deniers leur restant du au dit de Moras, suivant qu’il résultait de la quittance passée devant Fourcault et son confrère notaire à Paris, le 26 octobre mille sept cent soixante sept, du prix de la vente par lui faite à Mr. Deu, de la terre de Champrosé, par contrat passé devant Baron l’aîné qui en a gardé minute et son collègue notaire à Paris le 5 juin mille sept cent soixante deux, la dite somme de cent vingt cinq mille livres due au dit de Moras par le sieur de Bergeret de Fronville, pour portion du prix d’une maison sise rue Vendôme au Marais qu’il lui avait vendu par contrat passé devant Cordier, notaire à Paris et son confrère le 18 avril 1778, la dite somme exigible aux termes portés au dit contrat et portant intérêt au dernier et vingt cinq, sans aucune retenu, à l’effet par les futurs époux de recevoir le remboursement des dites deux sommes comme lui appartenant et jouir des intérêts d’icelles à compter du 1er juillet 1768. Le dit de Moras, a déclaré en outre qu’il réservait, la dite lors future épouse, sa nièce, à ses droits successifs dans les biens de la coutume d’Auvergne, qui pourraient lui appartenir lors de son décès. Des biens des futurs époux, il est entré de part et d’autre en communauté, la somme de quarante mille livres, jusqu’à concurrence de laquelle tout ameublement a été consenti, le surplus, ensemble, ce qui pourrait advenir aux dits lors futurs époux, pour succession, donation ou legs a été stipulé propre à eux et aux leurs. Le futur a doué la Demoiselle, lors future épouse de six mille livres de rente de domaine préfixe, à prendre sur ses biens dont le fond a été stipulé propre aux enfants. Le principal en faveur du survivant a été stipulé de la somme de trente mille livres, à prendre avant partage en meubles de la communauté suivant la prisée de l’inventaire et sans crue, ou en deniers comptant à son choix. Il a été stipulé en outre que la dite Demoiselle, lors future épouse survivante, aurait tant qu’elle resterait en viduité* son habitation dans l’une des terres que le dit lors futur époux laisserait au jour de son décès, à son choix meublée convenablement à sa qualité, avec l’usage des jardins et prés clôturés, ou la somme de mille livres par an, au lieu et de la dite habitation au choix des héritiers dés lors futurs époux. Le remploi des propres aliénés a été stipulé comme à l’ordinaire. Il a été stipulé que la future épouse ou les enfants à naître du dit mariage, pourraient renoncer à la dite communauté quoi faisant ils reprendraient tout ce que la dite future épouse aurait apporté, ensemble ce qui lui serait avenu et échu tant en meubles qu’immeubles à quelque titre que ce fut, même la future épouse ses douaires et principal, le tout franc et quitte des dettes de la communauté. Extrait pour les notaires publics au département de la
Seine, résidents à Paris, soussigné, ce
jourd’hui 18 ventose an IX de la République
Française.
Nous Maire et adjoints du II arrondissement du canton de Paris, certifions les signatures des sieurs Morisseau et Boulard apposées ci-contre, sincères et véritables et que foi doit y être ajoutée; Paris ce 19 ventose an IX. Notes : * Paraphernaux, se dit des biens d'une femme
mariée qui ne font pas partie de la dot. |
A la mort son beau-père, Pierre Paul Gilbert de Voisins devint seigneur de Saint Etienne. Il revendit en 1787, au nom de son épouse, cette seigneurie ainsi que celle de Saint Priest et d’autres terres, dont le domaine de Tardy, au Roi de France. Le montant de la vente fut de 935 935 livres, payables en 5 ans à compter du 1er janvier 1787 plus une rente viagère de 36 000 livres à 9 %, payable tous les 6 mois. Par cette vente, Pierre Paul Gilbert de Voisins échangeait également les droits qu'il possédait sur les seigneuries de Saint Etienne et Saint Priest contre les droits que possédait le roi sur les terres de Villennes, Médan et Orgeval. Cette cession sera de courte durée, la Révolution arrivant deux ans et demi plus tard ; la famille Gilbert de Voisins perdait ainsi les droits sur ces terres et ses biens étaient saisis comme biens nationaux. Nous reproduisons ci-après l'acte de vente, en date du 19 janvier 1787.
Sur ce qui a été représenté au Roi,
étant en son Conseil, que le sieur Gilbert de Voisins,
Président du Parlement de Paris, en propriétaire
du chef de la Dame de Merle son épouse, de la terre,
Seigneurie et Marquisat de Saint Priest et de la Seigneurie de
la ville de Saint Etienne en Forez, Ladite acquisition sera en outre faite moyennant la somme de 1.335.935 livres de prix principal, dont il restera entre les mains de sa Majesté celle de 400.000 livres pour laquelle il sera constitué par lesdits Sieurs Commissaires, au nom de sa Majesté, une rente viagère de 36.000 livres à 9%, exempte de toute retenue et imposition Royales, mise et à mettre, et dont les arrérages seront payés de 6 mois en 6 mois, à compter du 1er janvier de la présente année, savoir, 24.000 livres sur la tête de Pierre-Paul-Alexandre Gilbert de Voisins, fils desdits Sieur et Dame Gilbert, et 12.000 livres sur la tête de Demoiselle Anne-Marie-Marthe Gilbert de Voisins, leur fille, lesdites deux rentes réversibles sur la tête dudit Sieur Président Gilbert, père, qui en aura la jouissance pendant sa vie, et quant aux 935.935 livres restantes du prix de ladite acquisition il sera stipulé que le payement en sera fait par sa Majesté en 5 payements égaux, d'année en année, à commencer du 1er juillet 1787, avec les intérêts à 5 %, sans aucune retenue à compter du 1er janvier de la même année, jusqu'au payement final, lesquels intérêts diminueront à fur et à mesure du payement. Pourront lesdits Sieur et Dame Gilbert faire sur les sommes dont le paiement doit leur être fait aux époques cy-dessus fixées, telles délégations qu'ils jugeront à propos, lesquelles seront acceptées au nom de sa Majesté, par lesdits Sieurs Commissaires, auxquels ils remettront un état des créanciers délégués par ordre d'hypothèque pour être le dit état annexé au contrat de vente, et les créanciers délégués payer par ordre de distribution et attendu que lesdites terres et seigneuries de Saint Priest et de Saint Etienne sont grevées de substitution, en vertu du testament et codicille du Sieur de Moras des 10 janvier et 4 mai 1771, laquelle substitution s'étend aussi sur le domaine de la Doa, le bois de Robertane et autres objets aliénés et par lesdits Sieur et Dame Gilbert, au Sieur Ravel (ou Navel), par acte du 18 août dernier, lesdits Sieur et Dames Gilbert s'obligeant d'abandonner à la substitution, lesdites terres et les objets cy-dessus, jusqu'à la concurrence du prix intégral desdites acquisitions et aliénations, les terres et seigneurie de Villennes Médan et Orgeval situées prés de Poissy, sur lesquelles ladite substitution sera transférée, de remplir toutes les formalités nécessaires pour ladite translation de substitution, dans l'espace de 3 ans, et d'en justifier et fournir une expédition en forme de la publication de ladite substitution de sa Majesté à l'expiration dudit délai. Stipuleront lesdits Sieurs Commissaires que les lettres patentes nécessaires pour la translation de ladite substitution seront accordées par sa Majesté, sans que pour raison d'icelles lesdits Sieur et Dame Gilbert puissent être tenus d'aucun droit de marc d'or, ni frais d'enregistrement, mais seulement des autres frais relatifs aux dits abandons et translation de substitution, lesquels demeureront à leur charge, que tous les procès qui se trouveront intentés à l'époque de la jouissance convenue seront poursuivis au nom de sa Majesté et à ses risques, périls et fortune, sans aucune répétition ni recours de garantie contre lesdits Sieur et Dame Gilbert, qui seront seulement tenus des frais par eux faits ou en leur nom, jusqu'au 1er janvier de la présente année, et que dans le cas où ceux contre qui il aurait été fait des frais jusqu'à ladite époque, seraient condamnés à les rembourser, lesdits Sieur et Dame Gilbert en profiteront. Stipuleront en autre lesdits Sieurs Commissaires qu'il sera loisible à sa Majesté de faire décréter sur lesdits Sieur et Dame Gilbert lesdites terres et seigneuries de Saint Priest et de Saint Etienne dans la forme prescrite par l'Edit du mois de juillet 1693, et que s'il survenait des oppositions audit Décret, lesdits Sieur et Dame Gilbert seront tenus d'en rapporter main levée dans trois mois du jour de dénonciation qui leur sera faite, à peine de toutes pertes, dépenses, dommages et intérêts, comme aussi qu'ils seront tenus de remettre incessamment au greffe de la chambre des comptes de Paris, tous les titres de propriété et autres qu'ils peuvent avoir concernant lesdites terres et seigneuries, autorisent au surplus sa Majesté, lesdits Sieurs Commissaires, à faire telles autres stipulations et conventions qu'ils jugeront convenables pour la sûreté de ladite acquisition. Fait au conseil tenu à Versailles le 19 janvier 1787. Collectionné et trouvé conforme à la minute étant aux archives nationales, section domaniale, tirée d'un registre contenant les arrêtés du conseil rendu pendant l'année 1787, en foi de quoi j'ai apposé le sceau des archives et signé à Paris le 21 ventose, l'an X de la République. Pour le garde des archives nationales Signature illisible Notes : * saye : étoffe, serge de
laine. |
Pierre Paul Gilbert de Voisins conserva le château de Bellegarde (Loiret) où il demeura. Ami de Rousseau et des philosophes, il avait toujours encouragé les idées nouvelles et le 27 mars 1790, pour rester fidèle à ses principes, il renonça à ses droits de péage et de halage. En janvier 1791, il émigra à Tournai mais il revint en France au début d’avril 1792. Il voyagea beaucoup à travers le pays sans être inquiété jusqu’au jour où le procureur syndic du Loiret l’accusa d’avoir émigré et demanda son arrestation ; il fut appréhendé le 18 mars 1793, mais le ministre de l’Intérieur le fit relâcher. Le 17 octobre, il fut de nouveau arrêté et conduit de Bellegarde à la Conciergerie à Paris. Un mois plus tard, le 25 brumaire an II (15 novembre 1793), il fut décapité.
Les effets de la Révolution continuait, quatre ans après et au-delà. Son fils Pierre Paul Alexandre ne fut donc pas seigneur de Villennes ; néanmoins, nous reproduisons ci-dessous le texte de sa biographie, inscrit dans le premier registre des délibérations du conseil municipal de Villennes.
Gilbert de Voisins (Pierre Paul Alexandre, Comte, Pair de France, Conseiller à la cour de Cassation, fils de Pierre Gilbert de Voisins, Marquis de Villennes, etc..., Président à mortier du Parlement de Paris, était né le 23 avril 1773. Il était issu d'une illustre famille de robe et d'épée, qui avait fourni notamment sans interruption de père en fils des Conseillers au parlement de Paris, depuis l'époque où il devint sédentaire (1302). Le château des de Voisins, Bellegarde, était à peu de distance de celui du vénérable Duc de Penthièvre, Châteauneuf. Ce fut là que commencèrent entre le jeune Gilbert et le Duc de Chartres, depuis le Roi Louis Philippe, des relations d'amitié qui devaient durer toute leur vie. Tous deux applaudissaient avec la généreuse confiance de la jeunesse, aux débuts d'une Révolution qui allait bientôt les faire orphelins. Après la suppression des Parlements, le Président Gilbert de Voisins dut quitter la France avec sa famille. Le dernier historien de la Révolution Mr. Taine, a victorieusement prouvé que l'émigration ne fut pas une faute mais une nécessité inéluctable. Le jeune Gilbert de Voisins se trouvait à Bruxelles avec ses parents, lors de la défaite des coalisés à Jemmapes, il ne put s'empêcher d'applaudir hautement, comme patriote, de cette victoire française si funeste à l'émigration. Pendant son séjour à Bruxelles le Président Gilbert de Voisins avait fait prêter sur garantie au deux frères de Louis XVI une somme considérable. Quelques mois plus tard il rentra imprudemment en France, espérant obtenir sa radiation de la liste des émigrés et la levée du séquestre sur ses biens. Mais l'acte de garantie souscrit par lui au profit des Princes, tronné en Belgique, fut représenté au tribunal révolutionnaire, l'infortuné magistrat expia son dévouement par la confiscation et l'échafaud. Heureusement encore il avait voulu tenter seul cette reconnaissance périlleuse mais sa femme, son fils, sa fille restaient sans ressources à l'étranger. Le jeune Gilbert supporta vaillamment cette terrible épreuve. L'héritier d'une des plus illustres et des opulentes familles de la magistrature française vécut de son travail déchiffrant et copiant, pour quarante sous par jour, les manuscrits presque illisibles d'un autre illustre exilé, Malouet. Rentré en France sous le Consulat, Gilbert de Voisins ne recouvra que de bien faibles débris de sa fortune, mais accueilli avec une bienveillance marquée par Bonaparte, il entra en 1805, dans la carrière de ses ancêtres, comme Juge suppléant au tribunal de la Seine, Juge titulaire l'année suivante, il passa Conseiller à la cour en 1807 et Président de la Chambre en 1810. Cet avancement rapide était justifié par des qualités professionnelles, qui chez Gilbert étaient un héritage de famille, le seul que lui est laissé la Révolution. De plus, cette réintégration dans la magistrature, d'un jeune homme, portant dignement un des noms illustres de l'ancien Parlement, était conforme au plan général de l'Empereur, qui voulait relier la nouvelle France à l'ancienne. Le 14 avril 1813, Gilbert de Voisins fut nommé Maître des Requêtes au Conseil d'Etat. Bientôt après quand la Garde Nationale fut réorganisée pour combattre l'invasion, on le vit capitaine dans la 8ème légion prendre part avec honneur à la défense du faubourg Saint Antoine avec ses grenadiers, dont plusieurs furent tués auprès de lui. Accueilli d'abord avec bienveillance par les Bourbons, en mémoire de son père, Gilbert de Voisins fut un des commissaires extraordinaires envoyés dans les départements au début de la Restauration pour pacifier les esprits. Il fit preuve de modération et de fermeté dans l'accomplissement de cette tache, là où elle était le plus difficile, en Vendée il s'attacha à y rassurer les acquéreurs de biens nationaux, conduite particulièrement méritoire chez un homme que la Révolution avait miné. Elle fut pourtant mal jugée en haut lieu, il fut le seul de ces commissaires extraordinaires qui n'eut pas d'avancement, et ne fut décoré qu'à titre d'officier de la Garde Nationale, sous la première Restauration. Lors du débarquement de l'lle d'Elbe, le Comte d'Artois croyait pouvoir compter sur la fidélité de cette garde. Gilbert de Voisins eut le courage de faire entendre à ce prince et à son entourage le langage de la vérité. On ne le lui pardonna jamais, non plus que d'avoir été nommé Premier Président et Conseiller d'Etat pendant les Cent jours, et d'avoir après Waterloo, demandé la conservation de la cocarde tricolore. Dépossédé de toutes ses places, il reste en complète disgrâce pendant la second Restauration. Louis XVIII et son successeur refusèrent toujours de réintégrer dans la magistrature et dans la Chambre Haute le fils d'un homme mort sur l'échafaud pour les avoir obligés dans l'exil. Bien qu'il ne fut nullement irréligieux, Gilbert de Voisins crut devoir combattre dans l'intérêt même de la religion une corporation fameuse dont l'influence lui semblait excessive et dangereuse. Nommé Député dans la Vendée, où son attitude en 1814 avait laissé d'honorables souvenirs, il siégea sur les bancs de l'opposition mais ne conspira jamais. Les événements de 1830 mirent un terme à sa disgrâce, dès les premiers jours d'août 1830 l'ancien ami du Duc de Chartres fut nommé Conseiller à la Cour de Cassation par le Roi Louis Philippe, puis membre du Conseil de son domaine privé, Colonel de la 7ème légion de la Garde nationale, et en 1831, Pair de France, réélu Colonel la même année, l'ancien combattant du faubourg Saint Antoine fit preuve d'une grande énergie dans la répression des émeutes. En 1834, il fut promu Officier de la Légion d'Honneur et nommé Officier de l'Ordre de Léopold. Il conserva jusqu'en 1837 le commandement de sa légion, puis resta comme magistrat et comme Pair le défenseur énergique de la cause de l'ordre. Il est décédé à Paris le 20 avril 1843. |
La famille Perdrier-Brinon et les poètes de la Pléiade
Revenons aux seigneurs qui marquèrent leur époque, notamment en construisant un château au centre du village.
Plusieurs parties d'un texte, publié en 1849 dans le Bulletin des Bibliophiles, nous les font mieux connaître. Nous laissons le soin aux historiens du village voisin de Villennes, qui eut ces mêmes seigneurs en commun, de transcrire intégralement ce Mémoire pour servir à l'histoire du village et de l'ancienne seigneurie de Medan. L'auteur, identifié uniquement par les initiales de son nom, est vraisemblablement le baron Jérôme Pichon (1812-1896), Président de la Société des Bibliophiles Français. Ce texte contient un extrait d'une oeuvre de Pierre Belon, (1517-1564), naturaliste et homme de lettres, écrites lors de ses séjours à Villennes et à Médan chez son ami, Jean de Brinon. Celui-ci y cite l'un des maîtres de Pierre de Ronsard, Jean Dorat (1508-1588), hélleniste qui fut à l'origine du groupe de la Pléiade : un de ses poèmes en latin avait célébré la fontaine pétrifiante de Villanis (Villennes). Nous avons respecté l'orthographe de l'époque mais nous n'avons pas transcrit les très nombreuses notes, qui donnent notamment les références des sources. Par contre, nous avons ajouté des illustrations et des précisions sur quelques personnages peu connus de nos jours. |
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Mademoiselle de Villenne, fille de Nicolas Bourdin et de Marie Fayet
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Jean Regnauld de Segrais, secrétaire et gentilhomme ordinaire d'Anne-Marie-Louise d'Orléans Montpensier, rassembla en 1659 les portraits qu'elle-même et quelques uns de ses amis avaient faits des seigneurs et dames les plus illustres de France. La duchesse de Montpensier (1627 - 1693) était une petite-fille du roi Henri IV. Fille de Gaston d'Orléans et de Marie de Bourbon, appelée la Grande Demoiselle, elle était la cousine germaine de Louis XIV. |
L'imprimeur
de cette Galerie de portraits de Mademoiselle de Montpensier, dans
une nouvelle édition en 1860, inséra une notice pour
le lecteur :
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Effectivement, nous sommes heureux de l'avoir trouvé car il comprend un texte en vers qui nous fait connaître une ancienne Villennoise. Le visage de son auteur, Antoinette des Houlières (1638 - 1694), nous est connu contrairement à celle dont elle brosse le portrait. Cette femme instruite, liée avec Pierre et Thomas Corneille, s'essaya dans presque tous les genres, de la chanson jusqu'à la tragédie. Dans l'une de ses notes qui complètent cet ouvrage, Edouard de Barthélemy, écrit : Il est singulier de voir madame Des Houlières donner à une amie le nom d'Amarillis, qui servait à la désigner elle-même : il n'y a cependant aucun doute parmi ses contemporains pour la considérer comme l'auteur de ce portrait. |
Il donne des précisions sur les parents de cette charmante personne : Fille de Nicolas Bourdin, marquis de Villaines, ou Villenne, secrétaire d'État, et de Marie Fayet, fille du trésorier de l'extraordinaire. M. de Villenne était une espèce de fou dont Mademoiselle dit, à propos d'une prédiction qu'il lui fit : « Homme d'esprit et de savoir qui passe pour un des habiles astrologues de ce temps. » Sa femme faisait des vers dont quelques-uns sont imprimés dans les Muses illustres (Paris, Chamboudry, 1638) ; mais elle était plus que galante si l'on en croit une affreuse aventure rapportée par Tallemant au sujet du maréchal de l'Hôpital qui l'aima et en eut un fils, qui devint gouverneur de Vitry. Quant à mademoiselle de Villenne, nous savons seulement qu'elle était l'amie de madame Deshoulières et de Lignières.
Voici le portrait élogieux qu'en fit cette amie.
Je ne puis m'empêcher de faire
la peinture Du plus charmant objet qu'ait formé la nature ; C'est la jeune Philis, dont les divins appas Se sont rendus fameux par cent mille trépas ; Je connois son esprit, sa bonté, son mérite ; Sa taille n'est encor ni grande ni petite, Elle est libre, mignonne et pleine d'agréments, Toute seule elle peut faire plus d'un amant ; Ses cheveux sont fort noirs, son teint n'est pas de même. II est vif, délié, sa blancheur est extrême. Son nez n'est pas mal fait ; mais que ses yeux sont beaux, Qu'ils sont fiers, qu'ils sont doux, et qu'ils causent de maux ! Ses yeux noirs et brillants où l'amour prend ses armes Font naître des désirs et répandre des larmes. Tant d'illustres amants que l'on voit en ces lieux Sont, chère Amarillis, l'ouvrage de ses yeux : Sa bouche est d'un beau tour ; elle est vive et charmante, Par sa forme on connoît qu'elle est trés éloquente ; Elle a je ne sais quoi qu'on ne peut exprimer ; Qui fait qu'on ne peut pas s'empêcher de l'aimer : Elle a de belles dents, le tour de son visage Est si beau qu'il n'est rien qui le soit davantage ; Elle a de l'embonpoint comme il en faut avoir ; Sa gorge est blanche, pleine, et l'on ne sauroit voir En toute la nature une chose plus belle, Et ses yeux et ses mains sont aussi dignes d'elles ; La fraîcheur de son teint et sa vivacité Font bien voir que Philis a beaucoup de santé ; Elle a cet air galant qui sait plaire et qui donne Un charme inexplicable à toute sa personne ; Pour faire une conquête, et pour la conserver Elle a tout ce qu'il faut, et l'on doit avouer Que sa gorge, ses bras et sa taille admirable, Sa bouche et ses beaux yeux n'ont rien de comparable ; Son esprit tout divin répond à ce beau corps, Le ciel en le faisant épuisa ses trésors ; Ce n'est point un esprit qui n'a que l'apparence, Le sien est éclairé d'une aimable science, Il est grand, plein de feu, solide, égal et doux, Il fait dans ces beaux lieux mille et mille jaloux, La fierté lui sied bien et, pour comble de gloire, Elle a du jugement et beaucoup de mémoire ; Ses billets sont galants, ils sont beaux, pleins d'esprit ; Elle parle du moins aussi bien qu'elle écrit. Les vers tendres ont fort le bonheur de lui plaire ; Et si je ne craignois de la mettre en colère, Je dirois qu'elle en fait admirablement bien. Elle n'a pas besoin qu'on lui traduise rien De ce que nous savons du Tasse et de Virgile. Cependant chaque jour cette admirable fille Cache soigneusement tous ces dons précieux Qui lui rendent l'esprit aussi beau que ses yeux, Mais malgré tous ses soins, toute sa modestie, On en connoît toujours une bonne partie ; Un aimable enjoûment, une douce langueur, Mêlés également font sa charmante humeur. Son enjoûment ravit, et même sa tristesse Ne sert qu'à faire voir qu'elle a de la tendresse. Si Philis l'employoît. Ah ! qu'elle aimeroit bien ; Mais, chère Amarillis, on n'y connoitroit rien, On ne sauroit jamais le sujet de sa flamme, Ses yeux garderoient bien le secret de son âme, Et son cœur paroîtroit sévère et rigoureux, Lorsqu'il seroit soumis à l'empire amoureux. |
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