Hippolyte Sinet, artiste-peintre de genre
(1835 - ?)

 

 

Sa villa de Villennes

 

Hippolyte Sinet lui a donné son nom, en la baptisant Le Val Sinet.

Cliquez sur la photo pour la voir et connaître ses propriétaires ultérieurs.

A Paris, il habitait 19 rue de Sèvres.

 

 


Son oeuvre picturale

 

 

Né à Péronne, il avait été élève de Couture et Biennoury.

Il exposa au Salon à partir de 1859. Le Dictionnaire général des artistes de l'École française donne une liste de ses oeuvres, réalisées entre 1859 et 1880 (ci-contre).

 

 

 

Nous connaissons quatre de ses oeuvres :

Le repas après les vendanges (exposé au Salon de 1873)

 


Vieille femme à la couture (1857)








Homme lisant un livre

 

Portrait


 

Dans son ouvrage "Au pays des peintres : salon de 1876", Mario Proth écrivit :

Au troisième étage, enfin, la Gazette du matin, de M. Sinet : une femme, une bonne ménagere en caraco rayé blanc et violet, avalant d'une ardeur égale le Petit Journal bien bourré et le café au lait bien sucré.

Ce joli, très-joli petit tableau de genre, que l'artiste eut pu intituler aussi la Prière matinale ou la Communion sous les deux espèces d'une Parisienne, est bien observée, très-fine et peinte dans une tonalité claire et charmante. Vous plait-il que je vous nomme le maître préféré de M. Sinet ? Il s'appelle Chardin.

Dans son ouvrage sur le salon de l'année suivante, il publia une bonne critique des oeuvres d'André Sinet :

II y a là, sur la cimaise, une petite peinture de Sinet que j'aime à revoir. Oh ! ce n'est point une scène à fracas, ni à falbalas. Un simple fumeur de pipe, aux yeux bleus, à la barbe blonde, figure ouverte et sympathique, regard clair, d'un charme indéfinissable. Cette fort jolie chose, d'une coloration grasse et souple, est dans la même donnée d'art que les Rembrandt. Du même artiste, l'Intérieur de l'hôtel du Heaume, dans le quartier des Halles, est aussi une sévère et consciencieuse étude.

Son épouse, Marie Louise Caillouët, était la fille du sculpteur-statuaire Louis Denis Caillouët (1790-1868).

Leurs quatre fils (Louis Hippolyte Etienne, Louis René Ferdinand, Louis Hippolyte André et Louis Hippolyte Edouard) sont nés à Villennes entre 1860 et 1871. Ils devinrent peintres, à leur tour, sauf peut-être l'aîné.

Ferdinand Sinet, artiste-peintre canin
(1862 - 1947)

 

 

Portrait de femme
 

Ferdinand Sinet a vécu à Cannes où il s'est marié en 1912.

 

Voici cinq de ses oeuvres dont la première est d'inspiration différentes des autres.


Portrait d'un collie
 

Portrait d'un caniche

Portrait d'un chien poméranien
 

Portrait d'un chien danois

André Sinet, artiste-peintre mondain
(1867 - 1923)

 

 

  Le Dictionnaire national des contemporains nous donne sa biographie.

 

 

Cette Femme lisant ne doit pas être confondu avec La Liseuse, peinte par son père en 1872.

 
Sinet est surtout un sincère, et s'il se fait parisien quand il peint des parisiennes ou des sites croqués dans le bois de Boulogne, il est on ne peut plus Anglais, quand il nous montre des vues de Regent's Park ou de Rotten-Row. Il trouve parfois des effets spéciaux de transparence et de lumière ; mais à coup sûr, il ne les cherche pas, n'appartenant d'ailleurs à aucune école, non plus qu'à aucune secte : le mouvement le plus familier est pris sur le fait avec un accent de vérité qui étonne, tant il est imprévu... Beaucoup voient, aiment et admirent la nature ; André Sinet est de ceux qui ont le don de la faire parler.

 

Il a peint des paysages, notamment des bords de la Seine, ainsi que des vues de Paris (Champs-Elysées, Tuileries).

 

 


  Une exposition de ses oeuvres eut lieu dans une galerie londonienne en 1895.

Il a également exposé chez Vollard,
6, rue Laffitte, en avril-mai 1899.
 

Il a réalisé des portraits de célébrités de son époque :


A l'Opéra

Alice Beylat (1919)


Georges Feydeau


... et d'autres de personnes anonymes.

Dans son numéro du 15 décembre 1891, la Revue d'art dramatique (directeur : Edmond Stoullig, éditeur : A. Dupret) a publié un commentaire enthousiaste sur une exposition d'André Sinet :


Eve (1890)
 

Au théâtre d'application on voit en ce moment une exposition de pastels peints par un jeune peintre de talent, M. André Sinet.

Ce sont pour la plupart des croquis parisiens, des portraits, des notes d'atelier dans lesquelles la vie déborde. Ecuyères, clowns, danseuses, actrices, petites femmes à demi déshabillées ont un charme tout particulier.

C'est un délicieux amusement pour l'oeil que ce déballage de modernisme peint avec une sincérité qui frappe le visiteur. M. André Sinet expose 150 tableaux, il s'y montre dans son oeuvre sous les aspects les plus divers, les plus intéressants et cette curieuse exposition mérite d'être visitée.

Dans son édition du 19 décembre 1891, le journal hebdomadaire L'Univers Illustré a publié cet article très élogieux sur l'exposition de l'artiste à la Bodinière :

Comme il le connaît bien aussi, cet André Sinet dont nous avons été admirer l'exposition à la Bodinière de la rue Saint-Lazare ! Il nous a reproduit avec une vérité extraordinaire ces boulevards aux taches multicolores, ces rues grouillantes de monde, ces paysages mouillés un peu soufreteux qui nous plaisent tant par leur gracilité même. Dans ce cadre, il nous a montré la Parisienne, pas jolie, mais pire.

Et, pour compléter le portrait, il a demandé des vers en exergue à tous les poètes de la nouvelle école, à Vaucaire, Kéveguen, Donnay. Lisez plutôt cette jolie description que ce dernier a écrite au bas d'un cadre :

Quarante-six à la ceinture,
Moins de cent livres comme poids,
Et pour ses mains aux petits doigts,
Juste cinq un quart de pointure
C'est cette femme que Paris
Comme un parfum charmant distillle :
La femme complexe et subtile,
Fauvette, tigresse, souris.

 


Melle Dieterle (1899)


Pastel et affiche lithographiée
 

Elles sont là dans toutes les poses, et toutes les attitudes, les blondes, les brunes, voire même les rousses car notre chère ville fournit des échantillons d'un peu toutes les races, avec corset, sans corset, - beaucoup sans corset. Trottins de modistes et grandes élégantes, couturières chlorotiques et artistes arrivées, elles sont toutes là, sans oublier ces gloires fin de siècle, Yvette Guilbert et la Goulue.

Voici Yvette et sa jupe en crêpe de Chine, toute simple, décolletée en coeur, et ses deux bras gantés de noir traçant par leur réunion sur la robe claire comme une espèce de V énigmatique.

Sous le portrait de la Goulue, Vaucaire a écrit :

O chère, par votre quadrille
M. Prudhomme est excité
Mais comme il serait embêté
Si vous étiez de sa famille.

Et dans tout cela un sens tout particulier de l'atmosphère, de l'enveloppe, de cette vibration de la lumière qui palpite autour des objets. Comme le dirait si bien Th. Ribot dans son cours de psychologie au Collège de France :
"Le dernier mot d'une théorie de la perception, c'est que tout se réduit à des mouvements. La vision est un mouvement de l'éther."

C'est de l'impressionnisme, mais de l'impressionnisme bien entendu, arrivant par sa sincérité à nous donner la sensation de la vie, je dirais presque du mouvement. Ces arbres frissonnent, cette rivière a véritablement un courant dans lequel se reflètent les nuages également en marche ; cette Parisienne s'en va, foulant gentiment le bitume, tandis que sa robe fait frou frou et que ses petits pieds font tic tac ; et dans ces petites toiles on retrouve, au milieu de cette brume et de cette ouate gris perle qui estompent les contours de notre atmosphère spéciale, une attitude de Parisien, une joliesse de Parisienne. Nous avons tous admiré ces toiles, avec la vague sensation de nous regarder dans la glace.

Il a, toutefois, eu des problèmes avec une femme qui lui avait commandé son portrait :

Le peintre Sinet fait un procès à une riche cliente, au sujet d'un portrait.
Au cours des débats on apprend que trop occupée, comme toutes les femmes inoccupées, la grande dame ne posait presque jamais. Elle se contentait d'envoyer à l'artiste sa robe, son corsage, son chapeau et ses bottines.
Cette révélation explique pourquoi lorsque, au Salon, on lève les yeux sur un tableau indiqué au catalogue comme étant le portrait de Mme de X.... le premier cri est toujours :
? Comme le velours est ressemblant !

Le Matin, 2/2/1914

Henri Bernardeau, avocat et artiste-peintre
(1867 - 1946)



Lorsqu'il a acquis la villa Clairefontaine, en 1912, Henri Bernardeau était avocat près la cour d'appel de Paris. Ensuite, il devint avocat au ministère des Beaux-Arts.

Passionné d'art, il se révéla un peintre remarquable de paysages urbains.

Il a certainement peint ce tableau, huile sur toile datée de 1910, sur le bord de la Seine à Villennes.

 

Cette aquarelle, représentant la Seine et le pont de l'île a été réalisée en 1918 ; l'artiste l'a offerte à son ami Gasne.

Il exposa à partir de 1900 au Salon des artistes français, dont il devint sociétaire ; ses peintures sont présentées dans des musées de Tours, d'Orléans et de Paris.

Il n'était pas le seul avocat qui pratiquait la peinture à cette époque, comme le montre cet article, relatant l'exposition qui leur était réservée.

LE SALON DES AVOCATS

Messieurs les avocats ont aussi leur Salon de peinture présidé par Me Henri Robert. M. Léon Bérard, sous-secrétaire d'Etat aux beaux-arts, l'a inauguré au Cercle de la Librairie et y a même fait des achats pour l'Etat. C'est dire qu'il y a parfois double talent parmi les membres du barreau.

Chacun a son violon d'Ingres, un talent à côté, simple délassement d'abord, devenu un plaisir et plus tard un succès. M. Waldeck-Rougseau n'était-il pas un aquarelliste d'un certain talent, malgré ses occupations du barreau et ses préoccupations politiques ?

Tout n'est pas parfait dans cette exposition. II y a cependant de fort bonnes choses, toiles, aquarelles et dessins. Il faut citer en première ligne M. Victor Charreton, M. Paul Manceau, M. Henri Bernardeau, M. Félix Belle, qui a de la couleur, du sentiment et une vraie connaissance des valeurs.

Et encore MM. Baudouin, Jean Baux, aimable caricaturiste, Charles Bernier, M. Raoul de Clermont, P. Duroyaume, Hardoin, Hanny, Charles Levé, Georges Morbach, R. Persin, P.-Louis Rivière, F. Rousset et Henri de Saint-Jean.

L'avocat n'est-il pas artiste en parole ? Ne doit-il pas avoir de la couleur dans l'exposé des faits ? Rien n'est plus naturel que son amour pour les arts graphiques.

Le Gaulois, 28/5/1913

Edmond Bories, artiste-peintre,
archéologue et historien régional
(1857 - 1925)

Pendant le premier quart du XXe siècle, Edmond Bories a été le premier historien du territoire allant de Poissy à Meulan, en passant par Orgeval et Villennes, deux villes où il a vécu.

Les habitants des Mureaux le connaissent encore grâce à la rue à laquelle son nom fut donné. Résidant à Villennes pendant les trois dernières années de sa vie, il aurait pu être connu comme son premier historien s'il en avait eu le temps.



Un artiste-peintre talentueux

De magnifiques dessins ornent les ouvrages historiques d'Edmond Bories ainsi que les bulletins paroissiaux de Poissy et d'Orgeval, avec lesquels il a collaboré. Lorsqu'il habitait avec sa famille à Orgeval, au Haut-Orgeval et à l'Orme Gauthier, il parcourait chemins et sentiers, croquant les paysages.  Dessinant les ruines de l'église de l'abbaye d'Abbecourt, il nous a laissé des témoignages de vestiges aujourd?hui disparus.

C'est en enseignant le dessin et en vendant ses peintures qu'il gagnait sa vie. Prénommé précisément Pierre Edmond, il était originaire de Bordeaux, où son père était peintre ... en bâtiment. 




Victor Aubert, archéologue de Maule où il a fondé le musée qui porte son nom, a rédigé, après le décès d'Edmond Bories, une notice nous le faisant mieux connaître. Nous pouvons, notamment, y lire :
« Tout jeune et adolescent, ses goûts, son intelligence, le portèrent vers le dessin, et dès ses dix ans, on peut dire, à voir ses premières études et cartons, qu'une vocation artistique dominante grandissait en lui. Admis comme boursier à l'Ecole des Beaux-Arts, il en sortait avec un des meilleurs classements. Professeur de dessin des cantons de Meulan et de Poissy, l'infâme politique sectaire de l'époque le révoquait de cet emploi. C'est que, catholique pratiquant, Edmond Bories ne pouvait trouver grâce devant l'athéisme et l'antipatriotisme de cette époque. Et cependant, malgré la rigueur qui le frappait, de nombreux élèves vouèrent une grande affection à leur ancien professeur. »

Portrait d'Edmond Bories, dessiné par Victor Aubert

C'est alors qu'il s'intéressa à l'archéologie. Il rédigea plusieurs articles pour diverses publications, tout en continuant à donner des cours privés, et à vendre ses toiles, ses aquarelles et ses encres de Chine rehaussées d'aquarelles.

Victor Aubert appréciait ses œuvres picturales :

« Artiste de talent, Edmond Bories a laissé des tableaux, des aquarelles, des gouaches, des dessins à l'encre de chine rehaussés, qui ornent les demeures des riches habitants de la région. Ses « Bords de Seine à Villennes » sont des œuvres grandioses et d'un grand caractère artistique, dignes de figurer dans nos meilleurs musées. »



Il s'était installé, en 1894, à Orgeval avec son épouse et leurs cinq premiers enfants, dont le dernier n'avait que quelques mois. La famille s'agrandit ensuite d'une fille et de deux garçons. Il leur donna le goût du dessin et des arts plastiques. L'un, qui devint orfèvre, fut tué pendant la guerre de 1914-1918 ; deux autres, grièvement blessés, ne purent pas poursuivre leur carrière de sculpteur sur bois.


Pour voir d'autres peintures et des dessins réalisés par Edmond Bories à Villennes, cliquer ici puis sur la photo.

L'illustrateur paroissial

La ferveur religieuse d'Edmond Bories se retrouve dans certaines de ses œuvres.

Il était l'auteur des croquis de la première page des bulletins paroissiaux d'Orgeval et de Poissy : pour ce dernier, La Quinzaine Paroissiale, il a dessiné une belle perspective de l'église Notre-Dame, surmontée du sceau de l'ancienne collégiale avec l'image de la Sainte Vierge et les armes de Poissy ; en complément, il a représenté saint Louis tenant le sceptre et la main de justice, en reproduisant une ancienne inscription des fonts baptismaux.



Les oriflammes qu'il a dessinés pour décorer l'église collégiale de Poissy sont toujours  visibles : des écussons des villes ayant un lien historique avec saint Louis et deux grands cartouches où il a reproduit ses paroles historiques en lettres d'or ; sur l'un il a représenté le roi assis sur son trône, sur  l'autre à cheval.

Des photos conservent le souvenir des peintures qu'il a réalisées sur les murs de la salle paroissiale d'Orgeval et qui n'ont, malheureusement, pas pu être sauvées. Elles représentaient des vues de la ville à la fin du XIXe siècle.

L'archéologue poursuivant le musée du Louvre en justice

Le journal Le Matin a publié, le 24 juin 1923, un article intitulé Les statues maquillées :




« Un archéologue ayant payé pour visiter le Louvre estime qu'il a été escroqué ; il dépose une plainte chez le doyen des juges d'instruction et se porte partie civile.

Hier vers 15 heures, au Palais de Justice, un monsieur à longue barbe blanche, accompagné d'un avocat, se présentait au cabinet du doyen des juges d'instruction, M. Guépet, et déclarait à ce magistrat :
- Je m'appelle M. Bories. J'habite Villennes-sur-Seine, en Seine-et-Oise. Je suis membre de la Société française d'archéologie, et de plusieurs sociétés historiques. Je me suis spécialisé dans l'étude de l'art gothique, sur lequel j'ai publié plusieurs ouvrages. Je poursuis actuellement des travaux sur la statuaire des douzième et treizième siècles. Or, ayant suivi, ces temps derniers, les discussions soulevées autour de certains bas-reliefs conservés au musée du Louvre, je me suis refusé à croire que des faux aient pu s'introduire dans ses salles. Bien décidé à réhabiliter les « pièces », sur  lesquelles on jetait la suspicion, j'étais venu à Paris, il y a quelques jours, et m'étais rendu au musée du Louvre où, comme tous les autres visiteurs, j'ai payé mon droit d'entrée d'un franc. Or, ma surprise fut grande, et aussi mon indignation, en constatant que les faux signalés étaient flagrants. Les « pièces » que j'examinais, et particulièrement les « rois » de Parthenay, comportaient des truquages que les inscriptions fixées au-dessous de ces bas-reliefs n'indiquent pas. Ces truquages, en outre, les rendent indignes de figurer dans notre grand musée national. J'estime donc avoir été victime d'une véritable escroquerie. C'est pourquoi, avant-hier, je suis revenu à Paris et me suis rendu de nouveau au musée du Louvre, accompagné, cette fois, d'un huissier qui a constaté que pour pénétrer dans ce musée, lequel ne devrait receler que des
œuvres d'art authentiques ou des restaurations dûment avouées, on me faisait verser la somme d'un franc. Voici le constat de cet officier ministériel. Je suis donc dupé en la circonstance, et je dépose entre vos mains une plainte formelle en escroquerie [...]. »

M. Demotte, l'antiquaire qui avait acheté les bas-reliefs puis les avait vendus au musée du Louvre, affirma sa bonne foi.

Son œuvre historique

Edmond Bories a commencé, en 1900,  ses recherches sur la ville où il habitait.







Sa Notice historique sur Orgeval est  illustrée par 20 dessins et un plan de la commune.

Dès l'année suivante, il s'intéressa à l'histoire d'autres villes qu'il connaissait déjà bien, ayant été affecté, comme professeur de dessin, dans des écoles de Poissy et du canton de Meulan.

Son ouvrage Histoire de la ville de Poissy comprend 160 dessins et plans.



Le Bulletin du bibliophile et du bibliothécaire terminait ainsi sa présentation du livre :
«  Chez M. Bories l'historien est doublé d'un artiste ; et ce n'est pas un des moindres charmes du livre que de trouver, en regard du texte, de très agréables croquis de l'auteur ou des reproductions d'estampes anciennes ; ici, c'est un coin de paysage croqué à la plume, une église, un pont,  une maison ; là, des détails d'architecture, chapiteaux, clefs de voûte, etc., des statues, des sceaux, des méreaux ; voici encore différents plans ou vues panoramiques. »





L'auteur a écrit dans les dernières pages de ce livre : « C'est toujours vers le passé qu'il nous faut remonter si nous voulons connaître le présent. ».

Il a fait paraître une deuxième édition l'année de son décès.
Encore plus important avec 700 pages, son ouvrage Histoire du canton de Meulan, édité en 1906, a nécessité de longues recherches et montre sa large érudition ; il a été présenté ainsi, lors de sa réédition en 2005 :
« Consacrer une monographie à l'histoire d'une localité dont les origines sont aussi anciennes que celles de Meulan [...] n'est pas en soi une tâche mineure, mais réaliser le même travail sur le canton dans sa totalité, c'est-à-dire à travers l'étude de vingt communes qui offrent toutes un intérêt substantiel pour leurs habitants et tous les amoureux du passé, relève véritablement de l'exploit. C'est pourtant ce qu'a accompli Edmond Bories, auteur de cet ouvrage impressionnant, qui fait aujourd'hui encore autorité, près d'un siècle après sa première publication, et qui est enrichi de quatre cents illustrations de sa main, prolongement étonnant d'un texte foisonnant de renseignements. »

Edmond Bories avait entrepris d'écrire l'histoire de Villennes, où il s'était installé, et de la ville voisine de Médan. Retrouverons-nous ses manuscrits ?

Une mystérieuse erreur pour l'éternité


Le peintre, archéologue et  historien, a été inhumé dans le cimetière de Villennes.

Alors que, dans ses œuvres picturales et ses travaux historiques, Edmond Bories a recherché l'exactitude et la précision, il est étonnant que le graveur de sa pierre tombale ait inscrit deux dates incorrectes pour les années de sa naissance et de son décès.


Au cours de l'été 1926, qui a suivi son décès, son épouse a organisé une exposition de ses œuvres picturales dans les locaux de l'agence Mirgon.


Principales sources :
- article "Pierre-Edmond Bories - Un historien local" de Fabienne Duval et Jeannine Hubert (association Histoire d'Orgeval), publié dans la revue Histoire d'Orgeval n° 9 (janvier 2004),
- documents consultés dans la bibliothèque numérique Gallica (BnF) : journal Le Matin (24/6/1923) ; Mémoires de la Société historique et archéologique de l'arrondissement de Pontoise et du Vexin, tome XXXIX (1929).

Robert Lotiron, artiste-peintre néoréaliste
(1886 - 1966)

 

 

 

Robert Lotiron réside l'été, dès sa jeunesse, à Villennes ; il y peint quelques unes de ses œuvres, qui nous restituent divers aspects du village dans les années 1920.


Pour voir 5 tableaux peints sur le motif à Villennes et une lithographie, cliquez ici puis sur la photo.

Vous découvrirez :

- le bord de la Seine, près de Migneaux,
- la guinguette (le restaurant Perche),
- le battage après la moisson à Breteuil,
- la fête, vraisemblablement à Breteuil,
- la terrasse de la propriété "La Source", où le père et le frère de l'artiste jouent au jacquet ,
- une promenade sous les arbres du chemin de Villennes à Poissy.

 

Sur ces photographies, on le voit, dans la maison familiale de Villennes, avec son père et devant son chevalet.

 

 

Il peint de nombreuses fois le fleuve à Paris ainsi que les canaux qui aboutissent dans la capitale.

Les images de quelques unes de ses œuvres illustrent cette rubrique.

Sa carrière d'artiste

Né à Paris en 1886, il étudie avec Jules Lefebvre et Tony Robert-Fleury à l'Académie Julian puis, après son service militaire, à l'Académie Ranson où enseignent Maurice Denis et Sérusier.

Le cavalier bleu

En février 1912, il participe à Munich à la deuxième exposition de la revue Blaue Reiter (Le cavalier bleu), fondée l'année précédente ; elle a pris pour nom le titre d'un tableau du peintre russe Wassily Kandinsky (1866-1944), l'un de ses fondateurs.

Parmi les confrères de Robert Lotiron, exposant des dessins et des gravures, figurent La Fresnaye, Delaunay, Derain, Vera, Vlaminck, Braque et Picasso.

 

Le cavalier bleu de Kandinsky

Le nom Blaue Reiter est également choisi par un groupe d'artistes qui a quitté la "Nouvelle Association des artistes de Munich". Leur démarche, une recherche de la place de l'artiste dans une société nouvelle, est partagée par les peintres français invités.

Ces artistes profitent du souffle nouveau qu'est la confrontation de civilisations étrangères à la culture occidentale, apportée par la politique de découverte des colonies.

Le néoréalisme

Robert Lotiron est parfois qualifié d'artiste post-cubiste. Dans les années 1920 et 1930, il fait partie des artistes français développant un style naturaliste poétique : Maurice Asselin, Jean-Louis Boussingault, Maurice Brianchon, Charles Dufresne, Raymond-Jean Legueult, Luc-Albert Moreau et leur leader non officiel, André Dunoyer de Segonzac.

Le néoréalisme n'est pas un groupement volontaire mais une association informelle de peintres en réaction contre le cubisme et le surréalisme, considérés par eux comme une rupture avec la tradition française. Ils tentent d'établir une passerelle entre l'académisme et le modernisme, mettant l'accent sur l'étude de la réalité et de la nature, telles qu'on les perçoit habituellement ; leur position est bien résumée par une déclaration d'André Dunoyer de Segonzac : la recherche de l'originalité à n'importe quel prix n'a conduit qu'à une terrible monotonie.

Le néoréalisme n'a aucune relation avec le mouvement qui sera appelé, plus tard, le Nouveau Réalisme.

 

La vie et les œuvres de Robert Lotiron

Une biographie plus complète de Robert Lotiron fut rédigée par sa nièce Marie-Rose Salomé, à l'occasion de l'exposition qui lui a rendu hommage au Musée de Pont-Aven (octobre 1997-janvier 1998). Nous la reproduisons, en mettant en évidence ses séjours à Villennes et les tableaux qu'il y réalisa et en y ajoutant des photographies de l'album de sa famille.

Peintre, lithographe et graveur, Robert Lotiron a essentiellement représenté des paysages de Paris et de ses environs, des scènes champêtres et des ports, de la Hollande au midi en passant par la Bretagne. En témoignent sa plus ancienne huile la Baie des Trépassés, 1905 et sa dernière lithographie Doëlan, 1966.

Toutefois, ses toiles peintes sur le motif, de petit format, ne représentent que partiellement sa production. Il a réalisé également, en atelier, des compositions plus élaborées, issues des thèmes précédents, qu'il considère comme la partie la plus intéressante de son œuvre. "Durant toute ma carrière, j'ai été sollicité par deux activités. D'une part l'œuvre faite directement sur le motif, de l'autre le tableau composé irréalisable d'après nature. J'ai toujours pratiqué ces deux formes de travail. Je crois maintenant avoir développé ma conception de l'œuvre composée" (Carnet Robert Lotiron 1962-1966).

Jeunesse et formation

Robert Lotiron naît le 29 octobre 1886, 59 rue de Richelieu, au cœur de ce Paris qu'il a si souvent représenté avec ses ponts, ses quais et ses péniches. Son père Rémy Lotiron, d'une famille originaire de l'Allier établie à Fontainebleau, est négociant en dentelles ; sa mère, Emilie Guillard, mâconnaise, avait créé avec l'une de ses sœurs un magasin de mode avenue de l'Opéra. Il a un frère de sept ans son cadet, à qui le liera toujours une profonde affection. Les familles des deux sœurs avaient acquis chacune, pour les beaux jours, une propriété à Villennes-sur-Seine où il passe de joyeux moments avec ses cousins.

Cette région de Villennes est donc familière au garçon et nous vaudra les nombreux paysages réalisés dans les villages des environs ainsi que des scènes de guinguettes et de canotage. La vie est donc "heureuse et aisée" (Lettre à Cl. Roger-Marx, 27 août 1954).

Dès l'âge de huit ans, il commence l'apprentissage du violon et il tiendra fort honnêtement sa place dans des quatuors d'amateurs tout au long de son existence. Puis il découvre la collection de tableaux impressionnistes du Dr Viau. "Tout enfant, les soins m'étaient donnés par Viau. Aux murs de son salon du Bd Haussmann étaient accrochés les plus beaux tableaux de Monet et des Impressionnistes. J'avais à cette époque une dizaine d'années et mon père, peintre amateur, m'avait donné le goût de la peinture. Chose curieuse, je n'ai pas le souvenir d'avoir été étonné par l'aspect de ces toiles si différent de la peinture de calendrier exposée dans la vitrine des marchands de tableaux" (Carnet R.I., 24 décembre 1940).

Destiné à reprendre l'affaire de son père, il fait ses études en Angleterre de 1901 à 1903, mais n'ayant "ni disposition ni goût pour le commerce et les chiffres" (Lettre à Cl. Roger-Marx, 27 août 1954), il décide de se consacrer à la peinture. Ses parents ne s'opposent pas à son désir, tout en le mettant en garde contre les incertitudes de cette carrière. En 1903, année de la création du Salon d'Automne, il entre à l'Académie Julian, dans l'atelier de Jules Lefebvre où il restera jusqu'en 1907. "On y rencontrait de sérieux travailleurs, respectueux de l'enseignement officiel, de riches amateurs, plus amateurs de la vie d'atelier et du bal des 4 z'arts que de recherches artistiques et un petit groupe d'élèves attiré par l'art indépendant. Il comprenait Roger de La Fresnaye, Marcoussis, Paul Véra, Zyg Brunner, Joveneau, Pallier, Warnod, Gallet et moi-même. L'émancipation de ce groupe fut assez rapide. On se retrouvait souvent dans les ateliers de camarades et dans les expositions de la rue Laffitte" (RI. n.d). La rue Laffitte et le quartier Notre-Dame de Lorette étaient alors le grand centre du commerce des tableaux. Le marchand Durand-Ruel avait révélé les Impressionnistes au public et R. Lotiron avait été enthousiasmé par le Déjeuner des canotiers de Renoir. De sa production de cette époque, peu d'œuvres nous sont connues.

Puis en 1907 "il quitte Julian pour la caserne" (Carnet R L., 6 janvier 1942), en l'occurrence Laon. Il évoque avec humour cette période de sa vie lors du dîner des Amateurs d'Art du 14 juin 1962 "J'étais musicien militaire classé clarinettiste de charme, j'étais imbattable dans la célèbre polka pour clarinette et cornet à pistons Fauvette et papillon et dans Joyeux ébats...". Il se lie d'une amitié passagère avec Delaunay qui lui fera connaître Apollinaire, Gleizes, Léger et Metzinger. Il revient à Laon en 1912 où il peint avec Delaunay les tours de la cathédrale. Ses vues de Laon exposées au Salon des Indépendants de la même année sont remarquées par Apollinaire qui tient la rubrique artistique du journal L'Intransigeant.

Libéré en 1909 du service militaire, il s'inscrit en janvier 1910 à l'Académie Ranson où enseignent Maurice Denis et Sérusier. Il y retrouve ses camarades de l'Académie Julian mais n'y reste qu'un mois. Il décide alors de travailler seul et loue un atelier rue Bayen où Matisse lui rend visite. "Je lui demandai un conseil. Il prit une palette et posa un gros cachet d'orange pur comme un lampion dans les arbres de mon paysage vert et violet qui méritait bien ce contraste pour s'animer..." (Carnet R.L., 7 janvier 1942). Les tableaux exécutés avant la guerre de 1914 laissent paraître certaines réminiscences des Impressionnistes, du Fauvisme et du Cubisme. Il admire Cézanne et Seurat, qui lui donnent le goût d'une construction rigoureuse ainsi que le Douanier Rousseau dont les œuvres lui inspireront toujours le plus grand enthousiasme. La peinture de L'Ile Saint-Louis de 1912, présentant en une sourde harmonie de bruns le panorama du Panthéon au Palais du Louvre, témoigne en effet de l'influence cubiste. Apparaît alors la série des Tennis, d'un style enlevé et d'une grande fraîcheur de tons, peinte à la suite d'un séjour à Etretat. Une grande toile sur ce thème qu'il détruira ultérieurement lui vaut en 1913 le sociétariat au Salon d'Automne.

La guerre 1914-1918

Mobilisé et envoyé au front de 1914 à 1918, il est affecté aux convois automobiles. Dès le 18 septembre 1914, le début des hostilités est tristement marqué pour lui par la mort de ses deux cousins tués par le même obus. Ce malheur met un terme à la joyeuse période de sa jeunesse. Dans son Autoportrait de 1916, traité à l'aquarelle dans des teintes fauves, il exprime son incrédulité et son désarroi devant l'horreur du conflit. Comme la plupart de ses camarades peintres, il fait des croquis, des aquarelles -en particulier à Noyon- et prend des photographies. Ses scènes d'intérieur sont issues de ces notations, telles Les joueurs de cartes et Le violoncelliste.

Les premiers succès

L'après-guerre est une période florissante pour la création artistique et le marché de l'art. Elle coïncide avec son épanouissement personnel. En 1919, L.-A. Moreau le fait entrer à la galerie Marseille où exposaient déjà Boussingault, Valdo Barbey, Segonzac, A. Mare, J. Marchand. Il connaît alors ses premiers succès. Il expose au Salon d'Automne de 1919 Le violoncelliste, acheté par Denys Cochin, où s'affirme sa personnalité par la rigueur de la composition, l'harmonie des bleus et des gris et où le souvenir de la guerre est encore présent. Ce ne fut qu'au Salon de 1919 que mon Concert [Le violoncelliste] me fit connaître de quelques peintres ou critiques d'art dont Gasquet qui réunissait souvent ses amis et avait organisé les dîners des Tourelles à Passy où je retrouvais Vauxcelles, Favory, Clairin..." (Carnet R. L., 7 janvier 1942). L. Vauxcelles sous le pseudonyme de Pinturrichio signale dans sa rubrique Carnet des ateliers ces dîners où se réunissaient chaque vendredi un groupe d'artistes, peintres, poètes, musiciens, critiques qui comprenait entre autres Camo, Friesz, Segonzac, L.-A. Moreau, Lhote, Gleizes, W. George, Cl. Roger-Marx.

A partir de 1920, il exécute de nombreuses toiles d'une facture très personnelle où les noirs profonds font ressortir la luminosité discrète de l'ensemble. Le souci toujours présent de la composition se conjugue harmonieusement avec la délicatesse des tons. Il peint l'activité laborieuse des berges de Seine avec ses péniches, ses tombereaux, ses tas de sable, L'Estacade, -digue allant du quai Henri IV à l'extrémité de l'Ile Saint-Louis disparue en 1938-et des Joueurs de jacquet dans le décor champêtre de la maison de ses parents à Villennes, les Guinguettes de Médan, d'une grande fraîcheur, avec leurs canotiers, les promeneurs au bord de l'eau à Migneaux, les paisibles villages des environs et les travaux agricoles. Il peint aussi l'animation des ports, Dieppe pavoisée, sa malle anglaise, ses maisons enfumées, Calais, et le déchargement des madriers venant de Norvège. Le quai de la Marine à Cannes après la pluie, composé à partir de deux tableaux, offre ainsi un panorama étonnant. Nombreuses sont ses toiles reproduites dans les journaux de l'époque (L'Amour de l'Art, Le Crapouillot...) accompagnées d'articles de R. Rey et W. George.  

L'année 1921 voit sa première grande exposition particulière à la Galerie Druet : 60 peintures et dessins dont certains figurent ici [à Pont-Aven]. Le Docteur Barnes dont la venue était toujours impatiemment attendue dans les ateliers d'artistes achète quatre toiles particulièrement représentatives de cette période : Dieppe, Batteuse, Jacquet et Rue de village.

Durant ces années, il parcourt les côtes normandes et le Midi, voyage à l'étranger, pratique les sports, l'aviron à Villennes, l'escrime, le tennis, plus tard le basket-ball.

 

En 1924, il rencontre Hélène Marte, peintre également, dont la vitalité le séduit et à qui il témoignera toujours un profond attachement et un dévouement sans faille, malgré les vicissitudes de leur existence.

C'est l'époque des bals costumés donnés par des sociétés d'artistes au bénéfice de leurs œuvres d'entraide. Ils se succèdent à une cadence effrénée dans les ateliers, à Montmartre ou à Montparnasse. R. Lotiron conçoit le plus souvent des déguisements cocasses où l'imagination supplée à la pauvreté des moyens. Sa plus belle réalisation est incontestablement celle que décrit Cl. Roger-Marx dans son Portrait de Robert Lotiron à propos d'un bal où les costumes évoquaient le Dimanche à Grande Jatte de Seurat "Lotiron (le pioupiou) et ses camarades (le canotier, la canotière et la danseuse) avaient ponctué pareillement leurs costumes de confettis bleus, roses, verts, violets, et ce jour-là, vraiment, grisé par la musique, les yeux rayonnants de bonheur, les dents éclatantes et serrées, un autre Lotiron m'apparut, niant ce que son œuvre et sa personne me faisaient lui attribuer de rigueur et de continence...".

Il fait plusieurs séjours en Bretagne entre 1925 et 1930 où il peint les Remparts de Saint-Malo, les voiles rouges et la Ville-Close de Concarneau, les pêcheurs s'activant sur le port de Douarnenez. A la rétrospective "Trente ans d'art indépendant 1884-1914" au Grand Palais, en 1926, il expose la Femme assise au chapeau peinte en 1913, ainsi que des paysages au sujet desquels W. George écrit dans L'Amour de l'art de mars 1926 : "Je ne me lasse pas de le redire, un des meilleurs paysagistes de notre temps". Terminons l'évocation de cette période par une toile de 1929, la Femme assise au bord de l'eau, Poissy, dont les plans successifs s'illuminent d'une douce lumière et qui préfigure les scènes de canotage ultérieures. Cl. Roger-Marx remarque ce tableau présenté à la Galerie Druet : "On prend à regarder les deux petites vues du Pont de Poissy ou Femme et enfant sur berge un plaisir voisin de celui que donnent tels panneaux de boîte à pouce de Seurat..." (Europe Nouvelle, 9 novembre 1929).

Les années 30

Dès 1930, le contrecoup de la crise américaine cause le plus grand marasme dans le monde de la peinture. Un tiers des galeries ferme entraînant des ruptures de contrats, les peintres n'arrivent plus à écouler leur production et après de nombreuses années de recherches et de création, une certaine stagnation artistique s'ensuit.

Sur le plan personnel, la mort de son père en 1930 le laisse en compagnie d'une mère malade dont il s'occupe avec une tendre sollicitude. Sa vie affective ne se stabilise pas. Sans qu'il y ait nécessaire corrélation, ce que nous connaissons de sa production de cette époque paraît parfois plus austère, bien que toujours fortement structuré et d'une subtile harmonie de tons. Le pont de Grenelle, Le chargement du sable, présenté au Salon d'Automne de 1930, Les cheminées rouges à Dieppe de 1932 témoignent de cette évolution.

Il aborde en 1932 la décoration murale avec une fresque pour le cinéma Rex à Paris, sur le thème des canotiers. Cette décoration est reproduite dans plusieurs revues d'art de 1933. Son projet de décoration intitulé Les joutes, réalisé postérieurement, donne un aperçu de ses recherches. Il a détruit la peinture murale Les moissonneurs exécutée pour le 23ème Salon des Décorateurs en 1933 ; la gouache présentée ici [à Pont-Aven] est de la même date. En 1935, l'Etat français lance un vaste programme destiné à aider les artistes touchés par le chômage et à faire connaître la création contemporaine à la nation, aussi bien dans le domaine de l'abstraction que dans celui du figuratif. Dans le cadre des grands chantiers de construction et de la préparation de l'Exposition Internationale des Arts et Techniques de 1937, les commandes de peintures murales représentent une ressource précieuse. En 1936, R. Lotiron décore une salle de classe enfantine du Lycée Marie Curie à Sceaux. Il revoit cette décoration en 1952 et écrit à son ami G. Cochet qu'il la trouve "banale, faible de ton et sans invention" (Lettre à G. Cochet, 18 juillet 1952). Il réalise également cinq panneaux de 100 m2 sur le thème du Palais de Chaillot destinés au Pavillon du Mobilier de l'Exposition de 1937.

Plusieurs expositions jalonnent ces années : en 1936, 20ème Biennale de Venise, en 1937, exposition des "Maîtres de l'art indépendant 1895-1937" au Petit Palais. A la Galerie Jeanne Castel en 1938, il expose entre autres deux paysages d'Aubervilliers dont il écrit: "J'ai trouvé un port du Nord à un quart d'heure de chez moi" (Carnet R. L., Pentecôte 1938). Enfin il reçoit, en 1939, la commande d'une série de dessins pour l'illustration du catalogue des Etablissements Nicolas et séjourne à cet effet dans les vignobles de Bourgogne et du Bordelais. L'impression de ce catalogue sera annulée à cause de la guerre, mais ce thème des vendanges deviendra le point de départ de nombreuses peintures, gouaches et lithographies.

La guerre 1939-1945

L'absence de foyer après la mort de sa mère, une rupture sentimentale puis le début de la guerre affectent cet homme de 53 ans. Il rejoint alors pour plusieurs années son frère et sa famille à Rueil-Malmaison. Les toiles de 1940 à 1945 seront donc peintes essentiellement à Paris ou aux environs proches de Rueil : Chatou, Bougival, Louveciennes, Port-Marly... Il les présente à son exposition de la Galerie Carré en 1942. Il peint de nombreuses gouaches, inlassablement lavées et recommencées qui lui sont d'une aide précieuse pour ses compositions. "La gouache, dont la technique est différente de la peinture me permet, lorsque le tableau arrive à un état que je ne peux dépasser, de le continuer sur des données nouvelles de facture et de couleurs" (Carnet R. L., 1962-1966) et "Sur une dizaine de thèmes, j'ai exécuté un grand nombre de variations qui ne sont pas des répliques, mais des solutions différentes d'un même problème" (R. L., mars 1949). Il se consacre aussi à la gravure sur cuivre et fait de nombreuses lithographies.

Dans une lettre P. du Colombier (24.2.42) qu'il remercie de la critique de son exposition, il souhaite expliquer les "raisons de ses constantes recherches de composition... Dans mon dernier tableau Les vendanges en Côte d'Or, j'ai cherché une alliance des groupes, séparés par de grands espaces, tant en surface qu'en profondeur, non par une heureuse mise en page, mais par une rigoureuse coordination des formes dans l'ordre de leur importance et pour me conformer strictement à l'expression vivante de mon sujet où les personnages sont dispersés". La même année, il entreprend un carton de tapisserie pour la Manufacture des Gobelins, représentant des activités champêtres. Un service de porcelaine en cours d'exécution à la Manufacture de Sèvres, pour lequel il avait réalisé de délicates sanguines consacrées aux travaux de la terre, sera détruit lors des bombardements de Boulogne-Billancourt.

Elu en 1945 Vice-Président du Salon d'Automne, il s'investit entièrement dans la lourde tâche des réunions du comité, des démarches officielles, du jury et du placement.

Les 20 dernières années

Après la guerre, la prééminence accordée à d'autres formes d'art laisse cette génération perplexe, révoltée parfois, déçue souvent. Toutefois, R. Lotiron poursuit selon son inspiration propre, l'étude de thèmes anciens dont la réalisation le tourmente. Il détruit ou reprend un grand nombre de toiles et aborde de nouveaux sujets, la fête foraine, la parade, la cueillette... Sa palette redevient plus riche, plus colorée comme en témoignent les toiles peintes à Kersalic, près de Plouha dans les Côtes d'Armor, à Saint-Servan, à Barfleur et à Paris, le Pont Mirabeau. Il retrouve Dieppe avec enthousiasme et reste attaché aux ports de Hollande dont il excelle à rendre les nuances. Lors d'un séjour à Doëlan, en 1962, il transcrit délicatement la lumière douce et voilée de l'entrée du port.

La lithographie en couleurs qu'il aborde en 1948 lui permet de réaliser, souvent à partir d'un tableau antérieur et avec une gamme restreinte de tons une œuvre différente, montrant une progression dans sa recherche. Cl. Roger-Marx apprécie dans son Portrait de Robert Lotiron des "réussites exceptionnelles comme la Nature morte au pichet, faite d'un bleu lavande, d'un vert clair et d'un rouge-brique, comme la Nature morte à la lanterne, faite d'un rouge, d'un bleu, d'un jaune et d'un vert". Il est présent lors du tirage de ses lithographies dont il limite le nombre d'exemplaires "toujours inquiet de ne pas être assez proche de la perfection qui, projetée en avant de lui-même, l'entraînait à revenir sur sa pierre, à en modifier le dessin et les valeurs, à affirmer tel ton, à condenser son effet" (J.-E. Bersier, 1970).

Ses expositions personnelles témoignent de son activité. En 1953, il reçoit le prix de la Biennale de Menton pour une toile du Port de Dieppe très stylisée. Le Salon d'Automne lui consacre, en 1954, une rétrospective qui l'inquiète. "J'ai un peu l'impression de paraître présomptueux en acceptant ce socle d'une salle entière au Salon d'Automne. Tous les grands peintres depuis Cézanne ont été exposés dans ces conditions et la succession est lourde" (Lettre G. Cochet, 20 septembre 1954).

En 1955, il présente sa première exposition d'estampes à la Galerie Sagot-Le Garrec. Au printemps 1962, une importante exposition de 64 peintures a lieu dans la belle galerie de Lucile Manguin, place François 1er. G. Besson écrit à cette occasion dans Les Lettres françaises du 22 mars 1962 : "Rien n'est plus savoureux que la touche large et grasse de cet amoureux manieur de pâte pour construire, par plans simples et nets sans sécheresse, qu'il plante son chevaler à Dieppe ou à Dordrecht, à Chatou ou à Grenelle, ou qu'il évoque des scènes de moissons et de vendanges dont les grandes dimensions ne compromettent jamais ni la fraîcheur ni le style qui assurèrent le juste succès de ses petits paysages...". A la sortie de la galerie, un critique du Monde le voit, à 75 ans, "réenfourcher son solex" muni d'une plate-forme en bois sur laquelle il transportait ses tableaux. Il est élu la même année Président du Salon d'Automne à l'unanimité des membres du comité et l'anime jusqu'à sa mort, soucieux d'en préserver l'indépendance et d'en garantir l'ouverrure aux jeunes talents. En novembre 1965, un ensemble de gouaches où figurent en bonne place Pêcheurs de Douarnenez, Saint-Servan, Granville... est présenté à la Galerie Sagot-Le Garrec. Il est invité d'honneur à la Semaine des Arts de Dijon en 1960 et à l'exposition d'Art Vivant à Châlons-sur-Marne en 1961. P.-J . Duchein le sollicite pour la Quinzaine d'Art en Quercy à Montauban en 1966. Déjà alité, il a la joie de recevoir sa visite et de mettre la dernière main à la préparation de son exposition. L'inauguration a lieu le 15 mai 1966, un mois après sa mort.

Robert Lotiron était cultivé, musicien à ses heures, doué du sens de l'humour, fidèle et dévoué à ses amis. Sa réserve cachait une profonde sensibilité et un caractère "résolu et passionné" (P.-E. Clairin, Assemblée générale du Salon d'Automne, 25 avril 1966). Travailleur acharné, se gardant des modes du jour, il a toujours suivi la voie qu'il tracée "Je revendique le titre d'indépendant : libre d'engagements, je peins pour mon plaisir et mon tourment" (R. L., Le Peintre, 15 février 1959).

Dans son numéro 70 d'octobre 1926, la revue L'Art et les artistes a publié une intéressante description de l'oeuvre de Robert Lotiron. Nous reproduisons, avec une seule de ses illustrations, cette notice de Charles Fegdal, qui a rendu visite à l'artiste.

Je n'ai pas visité l'atelier de Robert Lotiron ; mais, j'ai longuement causé avec le peintre, et j'ai pu voir une grande partie de son oeuvre. Le moins que je me rappelle est que nous allions, d'une pièce à l'autre, à travers un appartement presque vide de meubles, toutefois débordant de la vie apportée là par des toiles accrochées ou appuyées aux murailles, posées le long des plinthes, sur des chaises ou des chevalets. C'était dans une maison donnant sur la place de l'Europe. Et les gémissements de la vapeur fusante, et les sifflements impératifs des locomotives, et le sourd roulement des trains vers la proche gare Saint-Lazare, accompagnaient d'une mélopée diffuse et métallique nos propos et mes pensées devant la peinture de Lotiron. Il me semblait que les bruits qui montaient de la rue et des tranchées ferroviaires étaient comme une respiration pressée, comme un halètement de fièvre ; il me semblait entendre le coeur battant du Paris d'aujourd'hui. Or, dans le silence mal capitonné de l'appartement clos, les toiles de Lotiron m'offraient des aspects de recherches fiévreuses, des réalisations parfois indécises mais souvent neuves ; elles m'offraient surtout leur âme d'aujourd'hui, ? cette âme moderne, que certains n'arrivent pas à pénétrer, et qui émeut si profondément ceux qui la pressentent, ceux qui la comprennent et qui l'aiment.

Lotiron eut beau passer par l'atelier Julian où il se rencontra avec le cubiste Marcoussis, le cubisme ne le conquit pas ; à peine, peut-être, en subira-t-il l'influence bienfaisante mais inconsciente. Il eut beau étudier chez Maurice Denis, en même temps que Roger de la Fresnaye et Yves Alix, le néo-traditionnisme de Maurice Denis lui apparut alors intelligent, savant, mais pas aussi vraiment peintre qu'il l'eût voulu.

Après un travail d'un mois il revient, chez lui, à ses recherches personnelles : il se livre presque tout entier aux influences cézanniennes. Ses envois, de 1909 à 1914, au Salon des Indépendants et au Salon d'Automne oscillent entre la préoccupation de l'apparence décorative, qu'il doit vraisemblablement à Maurice Denis, et le souci de la peinture pour la peinture, la lutte pour une technique contre les surprises du « métier », le tourment de l'esprit et du sens d'une forme située dans la lumière, qu'il a trouvés chez Cézanne.

Dès cette époque, Lotiron déforme les lignes et les volumes, il les transpose en vue de ce qu'il cherche à définir dans la meilleure plénitude possible ; sa matière est grasse, onctueuse, obtenue plus par l'emploi de la brosse que par celui du couteau. A ce double point de vue, ses oeuvres anciennes et ses dernières nées sont bien « unes ».
? ... Cependant, me déclare Lotiron, en 1914, je ne m'étais pas encore trouvé. Il ne se trouvera que cinq ans plus tard, au moment où il peint Le Violoncelliste. C'est alors qu'il aperçoit que « la composition du vrai peintre est comme son style : ni l'un ni l'autre ne s'apprennent».

Il «pense» ses toiles, il «sent» que l'organisation viendra d'elle-même, il sait qu'en art le fond et la forme sont intimement liés. Il ne veut pas se laisser aller à la composition décorative, cherchée, calculée, superficielle et froide. Peu à peu il atteint, par une pente toute naturelle de son talent, cette composition expressive et sensible qui est à l'opposé des architectures arbitraires et des transcriptions trop directes. C'est ainsi qu'on peut juger de son évolution à cet égard par ses toiles du Carnaval de Nice, par ses Paysages de Paris et ses Ports de Dieppe. On en pourrait juger de même, d'ailleurs, à la vue par exemple de ses Tennis, peints en 1913, et de ses Guinguettes, peintes aux environs de 1920 ; ces toiles-là montrent, au surplus, l'unité de l'inspiration et des recherches, l'unité de l'émotion et des réalisations, visibles dans l'ensemble même des peintures de Lotiron.

Elles sont, ces peintures, ? même quand elles n'ont que des dimensions restreintes, comme c'est souvent le cas ? elles sont grandes par l'irrésistible pouvoir suggestif qu'elles nous offrent. Elles ne nous disent pas orgueilleusement : « J'ai observé, j'ai tout vu et tout décrit, vous ne pouvez voir que par mes yeux de peintre » ; elles disent avec simplicité : « J'ai observé, j'ai pensé, j'ai peint, et, ce faisant, j'ai tenté d'aller vers ce que les choses contiennent, à mon sens, de vraie beauté picturale et de beauté tout court ; regardez avec moi et pensez à votre tour, à votre guise ».

Alors, nous regardons, et le mensonge de l'art, malgré nous, nous emporte. Le mensonge, c'est-à-dire, cette sorte de lyrisme fait d'observation juste et pénétrante, de science acquise, d'émotion vraie tempérée par l'humour et la délectation intérieure. Le mensonge, c'est-à-dire, la perspective, le dessin, la lumière à leur place non pas selon la nature mais selon la peinture.

Ce mensonge-là, c'est exactement ce que doit être la peinture, comme le rapporte Charles Morice de la juste et belle définition donnée par Delacroix : l'art de produire l'illusion à l'esprit du spectateur en passant par ses yeux.

L'illusion servie par la peinture de Robert Lotiron ne s'évade de la vie que pour nous y mieux ramener ; nous la trouvons toujours à notre service auprès du peintre ; notre pensée s'ajoute aux pensées de ses figures, et leurs gestes nous semblent familiers comme nos propres mouvements. Illusion, oui ; mais, hâtons-nous de dire qu'il ne faut point confondre « trompe-l'oeil » qui est imagerie fade et pauvre peinture, avec « illusion», qui est toute la peinture, la vraie peinture, la sensible et la vivante.

Un voyage aux îles Baléares, en 1924, va enrichir la vision du peintre. Lotiron revient de Palma avec une série de toiles où se lit la merveille de lumière blonde, caressante et dorée, qu'il a trouvée là-bas, ? cette douce lumière méditerranéenne qui promène ses incomparables splendeurs sur les vieilles cathédrales aux pierres calcinées, sur les palais aux arcades et aux tours mauresques, aux lisses et clairs «azulejos», sur les plages de sable des rivières que bordent des rangées de palmiers, sur les « patios » où chantent les frais jets d'eau en leurs vasques de briques, sur les jardins toujours verts, refuges d'ombre et de silence.

 

? Ce voyage-là, voyez-vous, me confie Lotiron, a été jusqu'ici la plus grande joie de ma vie de peintre. Cette joie-là ne s'évanouit pas ; elle demeure, elle s'installe dans les peintures qui suivent. Et bientôt, tant avec ses « traductions » de Saint-Malo et ses « résumés » de Dinard, qu'avec Les Dimanches de Villennes, l'oeil ébloui et enchanté de Lotiron nous vaut des toiles d'une véritable exaltation de la couleur, où la composition est plus libre, plus chaleureuse, où la mystérieuse matière enferme un plus grand dynamisme à la fois de vie colorée et de vie humaine.

Dans la nature morte, un peintre, presque toujours à son insu, confesse ses qualités et ses défauts. Les natures mortes de Lotiron possèdent le même attrait que celui de ses paysages et de ses figures.

Mais, en outre, n'y découvre-t-on pas l'armature, les dessous, l'âme même des toiles de Lotiron ? La composition n'y semble pas issue d'une suite de règles et de formules ; elle est aisée, souple, vivante ; l'oeil du spectateur y est conduit doucement d'un effet à l'autre, sans solution de continuité, avec la possession immédiate, et dans leur ensemble, des jeux de la couleur, des lignes, des plans et des masses. L'écriture, pour nette et précise qu'elle soit, n'en laisse pas moins la place au rêve de celui qui regarde ; et ce champ ouvert aux jouissances libres est obtenu par les déformations légères, les touches franches et vives, il est obtenu par les accents en deçà ou au delà de la vérité d'aspect, à seule fin de mieux atteindre cette autre vérité qui est la vérité profonde, l'expression essentielle.

Pour conclure, disons qu'avec ses dernières oeuvres, les Travaux des Champs, Lotiron est maître de sa couleur, à laquelle il donne sa qualité et son poids dans la force, depuis les tons vibrants et nourris des jours ensoleillés, jusqu'aux tons fluides et légers des temps de pluie. Il est maître de sa composition dans l'expression même. Il est, enfin, acquis à la lumière qu'il étage en harmonies puissantes et volontaires. Le cycle se forme, avec une rigueur tranquille et sûre, des Tennis de 1913 au Violoncelliste de 1919, des Guinguettes de 1920 aux Baléares et aux Dimanches de Villennes de 1924 et 1925, pour arriver, en 1926, à ces Travaux des champs qui portent la marque d'un bon, d'un grand peintre d'aujourd'hui.

La revue L'Europe nouvelle publia, dans son édition du 11/5/1929, une court article sur l'oeuvre de Robert Lotiron.

Une sensibilité ingénieuse à disposer des formes et des couleurs sans les violenter, mais avec une autorité charmante, de manière à réaliser un parfait accord entre elles, tout en laissant à chacune sa liberté, de sorte que la vie partout circule dans ces petits tableaux, qu'il s'agisse de l'arbre incliné sur la berge ou du pêcheur assis à son ombre, du court où les joueuses de tennis font bondir le soleil sur leurs raquettes ou de la ville inusable, à la patine de laquelle chaque génération travaille.

Heureux Lotiron, spectateur sans ironie dont l'art semble ignorer les passions, heureux Lotiron qui, tout en traitant les mêmes thèmes que Seurat, que Marquet ou qu'Utrillo n'imite aucun d'eux, mais qui, avec le sérieux d'un enfant penché sur un double livre d'images - Villennes et Paris - peint pour son seul plaisir et fait, chaque année, consciencieusement son devoir sans chercher d'autres récompenses que celles que rencontrent, d'abord en elles-mêmes, et dans des yeux que rien n'a perverti, la franchise, la grâce et la finesse.

Sentant qu'il était possible d'exprimer le meilleur de lui-même sur une surface limitée, Lotiron a concentré ses dons charmants dans des petits « paysages animés » où son sens de la composition et de l'harmonie triomphe.

C. R.-M.

Pour aller plus loin sur la peinture de Robert Lotiron et de ses confrères paysagistes, nous vous proposons de visiter le site Web Megapsy qui propose une page sur la pérennité du paysage dans la peinture moderne.

Ses expositions

Manifestations du passé

Ses œuvres sont montrées dans différentes expositions :

- de son vivant : Salon des Indépendants, Salon d'Automne, Exposition Internationale en 1937, Galerie Druet en 1921, Biennale de Venise en 1936, Galerie Jeanne Castel en 1938,

- après son décès en 1966 : Musée de Dieppe en 1978, Musée des Beaux Arts de Menton en 1994, Musée de Pont-Aven en 1997.

Son nom fait partie de la liste des présidents du Salon d'Automne de Paris, dont certains très prestigieux : Frantz JOURDAIN, Eugène CARRIÈRE, Auguste RODIN, Auguste RENOIR, Aristide MAILLOL, Georges DESVALLIÈRES, Pierre MONTAGNAC, Robert LOTIRON, Roger MONTANÉ, Yves BRAYER, Edouard MAC'AVOY, Jeanne-Michèle HUGUES.

Il n'a pas peint que des paysages, mais également des natures mortes.

Lieux d'exposition actuels

Les musées suivants conservent certaines de ses peintures : Epinal, Le Havre, Marseille, Paris (Musée d'Art Moderne), Chicago, Los Angeles, Philadelphie.

Artiste parisien, il a trouvé son inspiration en Ile-de-France et en divers lieux de différentes régions : Bretagne, Bordelais, Bourgogne, Corrèze, Pas-de-Calais, Côte d'Azur, ...

Robert Lotiron dans la littérature

Les livres qu'il a illustrés

  Certaines de ses lithographies peuvent être trouvées dans de nombreux ouvrages, qu'il a illustrés seul ou souvent avec d'autres artistes :

- Almanach de Cocagne pour l'an 1921, dédié aux vrais Gourmands et aux Francs-Buveurs, Paris, Editions de la Sirène, 1921

- Les Parallèles, Art et Médecine, Paris, 1925-1926

- L'Inutile Beauté. Sur L'Eau, Guy de Maupassant, Librairie de France, Paris, 1936

- Le Bouquet de la Mariée, Gabriel-Joseph Gros, Marcel Sautier, Paris, 1945

- De l'Angélus de l'Aube à l'Angélus du Soir, Francis Jammes, Marcel Sautier, Paris, 1947

- Musiques nouvelles, Philippe Chabaneix, Les Pharmaciens Bibliophiles, Paris, 1958

Les livres qu'il a signés

- Dix Estampes originales, Robert Lotiron, Editions Rombaldi / Maîtres de l'estampe française contemporaine, Paris, 1946

- R. Lotiron & Cl. Roger-Marx : Portrait de Robert Lotiron, Editions Manuel Bruker Collection (Eloge et portrait), 1955

Les ouvrages sur lui

- Adolphe Basler : Robert Lotiron, Crès (collection "les artistes nouveaux"), Paris, 1930,

- Château-musée de Dieppe : Catalogue d'exposition, 1978.

Robert Lotiron est présenté dans les livres de référence suivants : Benezit, Akoun, Petits Maîtres de la Peinture (Schurr).

Sa résidence de Villennes

Robert Lotiron n'a pas choisi d'établir sa résidence secondaire au bord de la Seine à Villennes. La maison qu'il possédait sur le chemin de la Nourrée, il l'avait reçue en donation en octobre 1922, avec son frère, Maurice Albert, agent immobilier.

 

Leurs parents, Claude Rémy Lotiron et Marie Louise Emilie Guillard, ainsi que leur tante, avaient d'autres propriétés à Villennes, dont il hérita avec son frère :

- la maison "La Source", dont l'entrée est située rue (ruelle) de la Lombarde, avait été acquise par sa mère et était leur résidence d'été,

- la villa "Les Mahonias" (rue de la Ravine) appartenait à la soeur de celle-ci.

Ils ont fait bâtir la maison du bord de Seine sur un terrain acheté en avril 1909. Elle fut vendue, en 1962, à un autre artiste-peintre ...